Le cannibalisme assisté par IA
YouTube Shorts, déjà sanctuaire du contenu cérébralement appauvri, passe à la vitesse supérieure : le cannibalisme de sa propre base de créateurs. La nouvelle fonctionnalité, teasée depuis des mois dans le plus grand secret (c’est-à-dire lors d’un événement pour développeurs et dans 15 articles de tech blogs), permet à n’importe qui de créer un avatar numérique ‘réaliste’ de sa propre gueule. Objectif avoué : ‘générer de nouveaux contenus’ ou, dans la langue de Google, produire plus de vidéos avec moins d’humains.
La ‘sécurité’, nouveau mantra des apprentis sorciers
Le plus croustillant dans l’annonce, c’est l’argument ‘sécurité’. YouTube, qui lutte (très mollement) contre les vagues de deepfakes frauduleux et d’arnaques à l’impersonnification, propose maintenant… de faciliter la création de clones. La logique est vertigineuse : ‘Puisqu’on n’arrive pas à contrôler les mauvais deepfakes, on va vous donner les outils pour en faire des ‘bons’.‘ Le communiqué parle d’un processus ‘sécurisé’ et ‘consentant’. On attend avec impatience le premier cas de détournement du modèle, prévu pour dans environ six semaines, le temps que les premiers tutos de piratage circulent sur le même YouTube.
Suivre l’argent, toujours
Derrière la novlangue sur l’‘accessibilité créative’, le calcul est simple et sordide. Plus de contenu = plus de vues = plus de revenus publicitaires. Peu importe que ce contenu soit produit par un humain épuisé ou par son clone IA obéissant. La machine à shorts doit être alimentée en permanence. En externalisant la production aux doubles numériques, YouTube espère booster ses métriques d’engagement tout en réduisant la friction (et la rémunération) pour le créateur originel. Un win-win, sauf pour l’authenticité, la propriété de son image, et le dernier vestige de confiance dans ce qui est filmé.
La fuite en avant générative
Cette annonce est le parfait symptôme de la schizophrénie de la plateforme. D’un côté, elle promet de labelliser ou retirer les contenus IA trompeurs. De l’autre, elle intègre en grande pompe les outils qui les créent. Le message aux créateurs est clair : ‘Clone-toi toi-même avant que quelqu’un d’autre ne le fasse, et on gardera un pourcentage.’ La course à l’armement générative est lancée, et YouTube vient de distribuer des armes à tout le monde, en espérant rester maître du champ de bataille. Bonne chance pour faire la différence entre le vrai, le faux ‘autorisé’, et le faux ‘malveillant’. Le chaos est une feature, pas un bug.