Sept jours. C'est tout ce qu'il vous reste avant que TechCrunch ne décide que le même badge, la même moquette et les mêmes canapés gonflables valent soudain plus cher. Le 25 septembre à 23h59, heure du Pacifique — soit le 26 à 8h59 à Paris, mais on ne va pas gâcher un bon compte à rebours avec de la géographie — le tarif « early » disparaît. Comme par miracle. Comme chaque année.
Le prix n'augmente pas. Il vous rattrape.
Traduisons le communiqué pour ceux qui ont oublié de dormir : vous pouvez économiser jusqu'à 200 dollars. Non. Vous pouvez en dépenser 200 de moins. Ce n'est pas la même phrase, et l'industrie du logiciel a passé trente ans à vous faire croire le contraire. Une réduction n'est pas un gain. C'est une perte légèrement plus petite que prévu.
La vérité, c'est que le prix d'une conférence tech fonctionne comme celui d'un billet d'avion : il ne mesure pas la valeur de ce que vous achetez, il mesure votre degré d'anxiété au moment de l'achat. Achetez tôt, vous êtes un pionnier malin. Achetez tard, vous êtes un pigeon distrait. Dans les deux cas, vous êtes un portefeuille avec un nom dessus.
10 000 fondateurs, investisseurs et « leaders tech »
Voilà le chiffre magique. 10 000+. Le « + » fait tout le travail, comme d'habitude. Et « leaders tech », c'est le mot-valise le plus confortable du secteur : il désigne aussi bien le fondateur d'une licorne que le commercial d'une ESN qui a réussi à faire valider son déplacement par sa direction.
Personne ne vous dit combien de ces 10 000 personnes sont là pour lever des fonds, combien sont là pour en lever aussi, et combien sont là pour vendre quelque chose aux deux premières catégories. Spoiler : c'est le même chiffre. C'est le principe même de la conférence. Tout le monde est venu parler à quelqu'un qui est venu parler à quelqu'un d'autre.
Qui se goinfre
Suivez l'argent, il ne se perd jamais en route. L'organisateur encaisse les billets. Les sponsors paient le tarif fort pour un stand que personne ne visite, parce que tout le monde est en rendez-vous dans le hall. Les intervenants, eux, reçoivent un badge, une bouteille d'eau et l'illusion d'être importants. Certains repartent même avec un t-shirt. Le t-shirt, c'est le salaire de la gloire.
Et vous, vous payez. Le billet, le vol, l'hôtel à prix de siège social, le café à neuf dollars et le dîner « networking » où vous finirez par parler à trois personnes — dont deux cherchent un emploi.
Ce qu'on ne vous dit pas
La vraie conférence ne se passe pas sur scène. Elle se passe dans le couloir, dans le bar, dans le message privé envoyé la veille à quelqu'un qui vous répondra peut-être. Les tables rondes servent à produire un programme imprimable. Les grandes annonces servent à occuper les journalistes pendant que les vraies discussions se tiennent ailleurs, en petit comité, entre gens qui n'ont pas payé leur place.
Alors posez-vous une seule question, et posez-la maintenant plutôt qu'à 23h58 : qu'est-ce que je viens chercher ici que je ne peux pas obtenir par un email ? Si la réponse est « l'ambiance », payez, c'est un choix respectable. Si la réponse est « un contrat », envoyez l'email. Il coûte zéro dollar et ne demande pas de badge nominatif.
Le compte à rebours tourne. C'est son seul métier. Le vôtre, c'est de ne pas confondre urgence fabriquée et opportunité réelle.