Le mythe de l'ancêtre cool
Vous l'avez tous entendu : ce petit pourcentage, ce 2% magique qui ferait de vous l'héritier d'un chasseur-cueilleur résilient. 23andMe, AncestryDNA et autres vendeurs de fioles vous servent cette romance préhistorique sur un plateau en plastique. C'est le storytelling parfait pour l'ego occidental : assez exotique pour être intrigant, assez lointain pour être inoffensif. Sauf que cette fable a moins à voir avec la paléogénétique qu'avec le marketing le plus basique.
La grande arnaque des pourcentages
Parlons chiffres, puisque c'est ce qu'ils brandissent. 40% des Européens auraient « un peu » d'ADN Neandertal, nous dit-on pieusement. Mais ce « peu » est un chef-d'œuvre de flou artistique. Cet ADN est un patchwork dispersé, des fragments épars qui n'ont souvent aucune incidence fonctionnelle. Le transformer en un score personnel, c'est comme compter les grains de sable sur une plage et en déduire votre affinité avec l'océan. La vérité, c'est que ce pourcentage est avant tout un argument de vente, un chiffon rouge agité pour détourner l'attention de l'essentiel : ce que ces entreprises font vraiment de vos données.
Votre génome, leur mine d'or
Pendant que vous contemplez vos origines cavernardes, 23andMe a déjà monétisé votre profil génétique à hauteur de centaines de millions de dollars via des partenariats pharmaceutiques. GlaxoSmithKline a investi 300 millions pour accéder à leur base. Votre prétendu héritage Neandertal est l'appât qui vous a fait donner votre bien le plus intime : votre code génétique. Ils vendent de l'identité et achètent des données. Le vrai croisement, c'est celui entre votre naïveté et leur modèle économique.
La science, otage du storytelling
Le pire dans cette histoire, c'est la récupération de la science sérieuse. Les vraies découvertes – sur l'immunité, la dépigmentation de la peau – sont noyées dans un bain d'interprétations New Age et de déterminisme génétique simpliste. On vous fait croire que votre gout pour le gras ou votre résistance au froid viennent de là. C'est oublier un peu vite que 99,8% de votre génome est Sapiens, et que la culture, l'environnement et le hasard jouent un rôle infiniment plus grand. Mais ça, ça ne se vend pas aussi bien qu'une légende familiale avec des sourcils broussailleux.
Conclusion : L'Homo sapiens, toujours aussi facile à berner
Alors la prochaine fois que vous contemplerez votre pourcentage Néandertal, souvenez-vous de ceci : vous ne payez pas pour connaître vos origines. Vous payez pour participer à un jeu de rôle génétique qui sert de couverture à la plus grande collecte de données biométriques privée de l'histoire. L'« inner Neandertal » est une fiction pratique. La réalité, elle, est beaucoup plus banale et cynique : c'est celle d'une industrie qui a compris que pour prélever l'ADN des vivants, il suffisait de leur raconter une belle histoire sur les morts.