Deux phrases. Et Meta appelle ça une annonce.
Muse est disponible sur Mac. Voilà. C'est tout ce que Meta a jugé utile de vous dire : l'IA peut « travailler avec vos fichiers et vos applications pour agir en votre nom ». Pas un mot sur les permissions demandées. Pas un mot sur ce qui sort de la machine. Pas un mot sur l'entraînement. Juste une promesse d'assistant serviable et une porte entrouverte sur votre disque dur.
On connaît la chanson. Chaque fois qu'un géant de la publicité demande à s'installer dans vos outils de travail, ce n'est jamais pour vous rendre service. C'est pour récolter.
Une entreprise dont le métier n'a jamais été de vous aider
Rappel des faits, parce qu'on a la mémoire courte et que Meta compte énormément dessus. 2018 : Cambridge Analytica, les données de dizaines de millions d'utilisateurs siphonnées pour manipuler une élection américaine. Juillet 2019 : la FTC inflige 5 milliards de dollars d'amende, un record, pour violations répétées de la vie privée. Décembre 2022 : 725 millions de dollars d'accord à l'amiable, dans le même dossier.
Le business model de Meta n'est pas un accident de parcours. C'est le parcours. Extraction de l'attention, des relations, des habitudes, du comportement d'achat.
Et là, on vous propose de lui donner accès à vos fichiers. Vos contrats. Vos factures. Vos photos de famille. Sur la machine où vous travaillez tous les jours. Bonne idée.
Suivez l'argent : Muse n'est pas un cadeau, c'est une bouée
Reality Labs, le grand pari métavers, a englouti plus de 40 milliards de dollars. Des milliards brûlés pour un monde virtuel que personne n'habite. Pendant ce temps, Threads a débarqué en juillet 2023 pour coller aux basques de X, Reels pour rattraper TikTok, Stories pour singer Snapchat. Meta ne crée pas. Meta duplique — vite, fort, et avec votre profil publicitaire en bandoulière.
Muse n'échappe pas à la règle. L'IA agentique est le nouveau champ de bataille, et Meta arrive derrière OpenAI, derrière Anthropic, derrière Google. Il faut rattraper l'écart. Il faut des utilisateurs. Il faut des cas d'usage. Il faut de la donnée.
Devinez où elle va venir.
Ce qu'on ne vous dit pas
Trois questions que la communication de Meta évite avec un soin remarquable.
Où tourne Muse ? En local, ou sur les serveurs de Menlo Park ? Si c'est la seconde option, chaque fichier ouvert devient une donnée transmise. Et un fichier, contrairement à un like, contient parfois votre numéro de compte bancaire.
Que devient ce que Muse lit ? Améliore-t-il les modèles ? Alimente-t-il le ciblage publicitaire ? La réponse n'est pas dans le communiqué. Ce n'est pas un oubli, c'est une politique.
Qui est responsable en cas de dégâts ? Un agent qui « agit en votre nom » sur vos fichiers, c'est un agent qui peut les supprimer, les déplacer, les envoyer. Lisez les conditions générales. Vraiment. Avec un surligneur.
Aux régulateurs : vous dormez encore ?
Le RGPD, le DMA, l'AI Act — l'Europe a empilé les textes comme un étudiant paniqué la veille de l'examen. Sur le papier, c'est majestueux. Dans les faits, on laisse une régie publicitaire déployer un agent autonome sur les ordinateurs personnels sans obligation de transparence digne de ce nom.
Un audit indépendant des modèles ? Une obligation de traitement local par défaut ? Une interdiction claire de réutiliser le contenu lu pour l'entraînement ou la publicité ? Rien. Nada. Le vide réglementaire, pendant que l'installation se fait en douce, un utilisateur à la fois.
Meta n'est pas naïf. Meta teste. Il pousse le pion sur Mac, regarde si ça passe, et si personne ne moufte, Windows suivra. Puis Android. Puis votre télévision.
Ma recommandation, et elle est simple
Ne l'installez pas. Pas par paranoïa — par hygiène. Une entreprise qui a bâti sa fortune sur la capture de données n'a pas besoin qu'on lui ouvre le Finder en plus.
Et si vous tenez absolument à tester : machine isolée, dossier bac à sable, aucune donnée réelle, aucune session ouverte. Traitez Muse comme ce qu'il est — un commercial qui s'invite chez vous avec une mallette, un grand sourire, et aucune intention de repartir les mains vides.