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Von der Leyen lance un panel sur la sécurité des enfants : quand le spectacle remplace l'action

La Commission européenne inaugure un nouveau comité d'experts sur la sécurité des enfants en ligne. Une opération de communication bien rodée pour masquer l'inaction face aux géants de la tech, qui continuent de monétiser l'attention des mineurs sans véritables contraintes.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : EU DIGITAL STRATEGY
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Le théâtre de la bonne conscience

Ursula von der Leyen a donc présidé la première réunion de son « Special Panel » sur la sécurité des enfants en ligne. Un événement soigneusement chorégraphié, annoncé dans le discours sur l'État de l'Union 2025, pour nous faire croire que Bruxelles passe à l'action. La présidente déclare, avec le sérieux d'une tragédienne grecque : « For decades, we have made the real world safer for children and we must do the same in the digital world. » Sauf que dans le monde réel, on a des lois. Dans le numérique, on a des panels.

L'arnaque des « recommandations »

La mission de ce cénacle ? « Fournir des recommandations d'experts » et « explorer le besoin de restrictions d'âge harmonisées » pour les réseaux sociaux. Traduction : gagner du temps. Pendant que ce panel « explorera » pendant des mois, TikTok, Instagram et YouTube continueront d'aspirer des heures de vie à des enfants de 10 ans, optimisant leurs algorithmes pour maximiser l'engagement – et les revenus publicitaires. Le DSA (Digital Services Act) existe déjà, mais son application contre les géants est un marathon administratif où les amendes arrivent toujours trop tard et sont absorbées comme des frais généraux.

Le florilège des mesures déjà ignorées

Le communiqué a l'audace de lister les initiatives connexes, comme pour prouver une activité fébrile. Relisez cette litanie : les Centres pour un Internet plus sûr, le Plan d'action contre le cyberharcèlement, la solution de vérification de l'âge de l'UE, la Communication sur la santé mentale. Un empilement de rapports, de stratégies et de communications qui n'ont pas empêché les algorithmes de pousser du contenu nocif vers les plus jeunes. Chaque nouvelle annonce sert à faire oublier l'échec de la précédente.

Qui protège-t-on vraiment ?

Posons la question que personne à la Commission ne semble vouloir entendre : est-ce la sécurité des enfants ou la stabilité du modèle économique de la surveillance publicitaire qui est la priorité ? Harmoniser les restrictions d'âge est techniquement simple. Mais c'est commercialement catastrophique pour des plateformes dont une part significative des utilisateurs est mineure. Ce panel est le paravent parfait : il montre que l'on « travaille sur le sujet » tout en évitant soigneusement de trancher le nœud gordien – l'interdiction pure et simple du ciblage publicitaire et de la monétisation de l'attention des mineurs.

Conclusion : du vent dans les voiles numériques

Ursula von der Leyen « forge une approche européenne forte et réaliste ». La force, on l'attend toujours. Le réalisme, lui, est criant : il est réaliste de penser qu'un panel de plus ne changera rien tant que la régulation se contentera de suggérer, d'encadrer et de recommander, au lieu d'interdire et de sanctionner immédiatement. Pendant ce temps, dans l'Union européenne, des millions d'enfants grandissent dans un environnement numérique conçu pour les rendre accros. Le panel a tenu sa première réunion. Leur sécurité, elle, attend toujours son tour.

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