Du 18 au 20 février 2026, Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive pour la Souveraineté Technologique, la Sécurité et la Démocratie, sera à New Delhi pour l'AI Impact Summit. Derrière l'agenda diplomatique chargé se cache une réalité plus crue : l'Europe est à la traîne et cherche désespérément des partenaires pour combler son déficit en compétences et en puissance d'innovation.
L'agenda : du recrutement de cerveaux à l'export de règles
Le programme de Virkkunen est un mélange de soft power et de pragmatisme économique. Demain, elle ouvrira le pilote du « European Legal Gateway Office », une initiative annoncée par von der Leyen. Le but ? Faciliter l'embauche de développeurs et d'ingénieurs indiens par les entreprises européennes. Un aveu implicite : le Vieux Continent manque cruellement de talents locaux en IA.
Mercredi, elle participera à la plénière des leaders avec Narendra Modi et rencontrera ses homologues du Canada, de la Nouvelle-Zélande et des États-Unis. Des discussions qui tourneront autour d'un axe : comment contrer l'hégémonie technologique chinoise et américaine sans avoir les moyens de leurs ambitions.
Vendredi, ce sera le volet réglementaire. Virkkunen défendra le « Code de Conduite » européen sur l'IA lors de sessions ministérielles. L'objectif est clair : exporter le modèle de régulation « de confiance » de l'UE comme norme mondiale, faute de pouvoir exporter des champions technologiques.
La stratégie : compenser la faiblesse par l'alliance
Le discours officiel parle de « partenariat stratégique » et de « valeurs démocratiques ». La réalité est plus prosaïque. L'Europe mise sur deux atouts pour exister dans la course à l'IA :
1. Son marché unique de 450 millions de consommateurs, un levier pour imposer ses standards.
2. Son cadre réglementaire (AI Act), présenté comme un gage de sécurité et d'éthique, pour attirer les partenaires méfiants envers les modèles chinois ou américains.
Le partenariat avec l'Inde est crucial. New Delhi dispose d'un vivier immense de talents en informatique et d'une industrie tech dynamique. En échange d'un accès au marché européen et d'une collaboration sur les normes, l'UE espère siphonner une partie de cette expertise et construire un front commun face à Pékin et Washington.
Les enjeux concrets : qui gagne quoi ?
Pour l'Inde, l'intérêt est économique : placer ses ingénieurs et ses entreprises dans la chaîne de valeur européenne. Pour l'UE, c'est une question de survie technologique.
Les réunions avec les ministres brésilien, marocain, australien et britannique visent le même objectif : élargir le cercle des pays adoptant des règles inspirées de l'AI Act. C'est une bataille d'influence normative, le seul terrain où Bruxelles peut encore prétendre mener la danse.
Le sommet de New Delhi n'est pas une simple conférence. C'est le symptôme d'une Europe qui a raté le virage de l'innovation pure et qui tente de se repositionner comme le gardien des règles du jeu. Le pari de Virkkunen : que la régulation devienne un atout quand on a perdu la bataille de l'initiative.