Le Premier ministre de l'État de Victoria, Jacinta Allan, a dégainé dimanche un nouveau joujou législatif : le pouvoir de forcer les plateformes sociales et les IA à démasquer les comptes anonymes accusés de 'vilification'. Officiellement, pour protéger les enfants des méchants anonymes. Officieusement, un petit cadeau aux régulateurs qui rêvent de mettre le nez dans vos pseudos à la moindre accusation – sans procès préalable.
Protéger les enfants, le cache-sexe préféré des politiques
Qui oserait être contre la protection des enfants ? Personne. C'est justement le problème. Allan sait que l'émotion l'emporte sur la raison dès qu'on agite le spectre de la pédocriminalité en ligne. Mais regardons les faits : ces nouvelles lois donneraient au VCAT (le tribunal civil et administratif de Victoria) le pouvoir d'ordonner à Facebook, X, TikTok ou tout autre service d'identifier un utilisateur anonyme dès qu'une plainte pour 'vilification' est déposée. Pas besoin de condamnation, pas de juge pénal. Une simple accusation suffit pour que le grand frère sorte les documents.
Traduction : n'importe quel citoyen pourra faire démasquer son voisin simplement en criant au loup. La définition de 'vilification' est assez large pour inclure des opinions politiques déplaisantes. Et vous croyez vraiment que les grandes plateformes vont ralentir la procédure ? Non, elles plieront l'échine comme d'habitude, trop contentes de montrer qu'elles 'coopèrent' avec les autorités – quitte à balancer des comptes légitimes sous la pression.
Suivez l'argent, pas les bonnes intentions
Ce qui est drôle (ou plutôt triste), c'est que personne ne parle des coûts réels. Qui va payer pour ces enquêtes ? Les contribuables, via le VCAT déjà surchargé. Les plateformes, qui vont gonfler leurs équipes juridiques et refiler la facture aux annonceurs (donc à vous). Et surtout, les avocats spécialisés – eux se frottent les mains. Quand la bureaucratie se mêle de modération, ce sont les cabinets d'avocats qui gagnent. Pas les enfants.
Et les IA dans tout ça ? Le communiqué mentionne 'AI platforms'. Car oui, vous pourriez être contraint de révéler qui se cache derrière un compte généré par ChatGPT ou Midjourney si quelqu'un accuse ce bot de 'vilification'. Absurde ? Pas pour des politiciens en quête de headlines rassurants.
Un précédent glissant pour la liberté d'expression
Le problème n'est pas de lutter contre le harcèlement en ligne – c'est noble. Le problème, c'est de donner à un tribunal administratif le pouvoir de briser l'anonymat sans contrôle judiciaire indépendant. L'Australie est déjà championne du monde des lois liberticides (loi sur les contenus terroristes, surveillance de masse). Cette nouvelle disposition s'inscrit dans une tendance : chaque crise, une loi ; chaque loi, un peu moins de liberté.
Si vous pensez que cela ne vise que les gros trolls misogynes ou racistes, vous êtes naïfs. Dans quelques années, ce sera utilisé contre des lanceurs d'alerte, des militants politiques, des journalistes critiques. L'anonymat en ligne est un outil précieux pour les dissidents – mais les gouvernements le détestent car il leur échappe.
Alors oui, Jacinta Allan, bravo pour la posture. Mais pendant que vous promettez de 'protéger les enfants', vous préparez aussi un terrain fertile pour la censure. Les parents inquiets applaudiront, les libertariens grinceront des dents, et les avocats encaisseront. Business as usual.