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Vers de terre, solution miracle ou syndrome du pansement sur une jambe de bois ?

Ah, la solution écologique venue du Wisconsin : des lombrics goinfres pour dévorer le caca des vaches. Mais qui va bouffer le problème en amont ?

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : MIT TECHNOLOGY REVIEW
vermicompostingmanure pollutiondairy farmingCaliforniamicrobesAnthony Agueda

Imaginez : un producteur laitier californien de troisième génération, Anthony Agueda, qui gratte du bois humide pour exhiber des vers rouges grouillants. La photo est belle, le récit est propre. Mais derrière ce tableau bucolique, c’est toute l’industrie du fumier qui se trouve un nouveau prétexte pour ne rien changer structurellement.

Le cirque des lombrics

Agueda ne cache pas sa fierté : ses vers transforment le fumier en « or noir », dit-il. Sauf que ce « compost de luxe » ne résout qu’une infime partie du problème. Un seul élevage laitier de taille moyenne produit plus de 50 000 tonnes de déchets organiques par an. Même avec des armées de vers (et leurs copains microbes), on parle d’un traitement marginal, pendant que les méthaniseurs et les lagunes continuent de saturer.

Qui se goinfre vraiment ?

Le marché des solutions biotechnologiques pour le fumier explose : +340 % de brevets déposés entre 2015 et 2023. Startups et géants de l’agrochimie se ruent sur les subventions « économie circulaire ». Mais l’argent public file dans des gadgets, pas dans la réduction des cheptels. La vache, elle, continue de produire 30 litres de lisier par jour – un volume que même les vers les plus affamés ne pourront jamais compenser.

Le grand mensonge vert

Les lobbies laitiers adorent ces histoires de vers : ça donne bonne conscience, ça détourne l’attention des 12 % des émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture imputables aux élevages. Pendant que les Agueda de ce monde exhibent leurs lombrics, les régulateurs ferment les yeux sur les déjections non traitées qui polluent les nappes phréatiques. Ironie suprême : les vers qu’on vante comme solution sont souvent importés d’Asie, avec leur lot de risques invasifs.

Un pansement sur une artère coupée

Les microbes et vers de terre ? Une excellente piste pour recycler une partie des déchets, certes. Mais cela ne doit pas servir de cache-sexte à l’inaction politique. Le vrai problème, c’est la surproduction de viande et de lait. Tant qu’on ne réduira pas le nombre d’animaux, toute « solution » biologique ne sera qu’un pansement coûteux. Alors, bravo aux vers, mais souvenez-vous : le fumier, il vient d’abord de la décision absurde de produire toujours plus.

Susanoo News vous recommande d’envoyer cet article à n’importe quel éleveur qui vous sortira la fable des vers sauveurs. Et de lui demander combien de vaches il a supprimées cette année.

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