Le gourou de la déontologie pris la main dans le sac IA
Mediahuis, le groupe qui publie De Telegraaf et le Irish Independent, vient de suspendre l'un de ses cadres les plus en vue, Peter Vandermeersch. Son crime ? Avoir utilisé une intelligence artificielle pour, selon ses propres termes, « mettre à tort des mots dans la bouche des gens ». L'ironie est délicieuse : l'ancien rédacteur en chef du NRC Handelsblad et ex-patron des opérations irlandaises du groupe, celui-là même qui était payé pour garantir la crédibilité de l'information, s'est fait griller à fabriquer des sources.
« Tombé dans le piège » : la défense pathétique de l'expert
La justification de Vandermeersch est un chef-d'œuvre de langue de bois technologique. Il déclare avoir « tombé dans le piège des hallucinations ». Traduction pour les non-initiés : il a cliqué sur un bouton, l'IA a inventé des propos, et il a publié sans vérifier. Un processus que n'importe quel stagiaire de première année se serait fait virer pour avoir suivi. Mais quand c'est un senior qui a dirigé des rédactions, cela s'appelle « explorer les frontières du journalisme numérique ». Le double standard est criant.
L'enquête qui vient (trop) tard
L'affaire a éclaté à la suite d'une enquête… du NRC Handelsblad, le journal dont Vandermeersch était le rédacteur en chef jusqu'en 2022. Le cercle est vicieux. Le média enquête sur son ancien patron, désormais employé du groupe mère. On se demande ce qui est le plus gênant : le fait qu'il ait triché, ou le fait qu'il ait fallu que ses anciens collègues le dénoncent. Où étaient les processus de vérification de Mediahuis pendant ce temps ? Endormis par les promesses de l'IA, probablement.
Le syndrome du « faites ce que je dis, pas ce que je fais »
Pendant des mois, les éditorialistes et patrons de presse comme Vandermeersch ont tonné contre les dangers des deepfakes et des désinformations générées par l'IA. Ils ont appelé à la régulation, à l'éthique, à la vigilance. Et que font-ils dans leur coin ? Ils utilisent les mêmes outils pour raccourcir leurs délais de production, quitte à inventer la réalité. L'hypocrisie n'est pas un bug, c'est une feature du système médiatique actuel. On moralise le public pendant qu'on internalise les pires pratiques des faiseurs de fake news.
Suspension : une punition ou une vacance payée ?
Mediahuis parle de suspension. Pas de licenciement. Pas de poursuite pour atteinte à la confiance du public. Juste une petite mise à l'écart le temps que l'affaire refroidisse. Un traitement de faveur qui en dit long sur la valeur réelle accordée à l'intégrité des sources. Pour un journaliste lambda, c'est le chômage. Pour un cadre supérieur, c'est un congé sabbatique forcé. La leçon est claire : l'éthique est proportionnelle à votre échelon hiérarchique.
La vraie question que personne ne pose
Combien d'articles, de citations, de déclarations « plausibles » mais jamais prononcées ont déjà fui dans nos journaux sous couvert d'IA assistante ? Vandermeersch n'est pas un cas isolé. C'est la pointe émergée de l'iceberg. Les rédactions, pressées par les réductions de coûts et la course au clic, voient dans l'IA un raccourci magique. Le problème, c'est que le raccourci mène droit au précipice de la crédibilité. Quand le gardien devient le fraudeur, qui va croire au score ?