Soyons clairs : quand une startup annonce qu'elle fait naître des poussins dans une coquille imprimée en 3D, on devrait tous avoir un réflexe nauséeux. Pas parce que la science est mauvaise – elle est fascinante – mais parce que le storytelling sent le réchauffé marketing.
Colossal Biosciences, la pépite du désextinction (oui, le retour du mammouth laineux est leur vitrine), vient de dévoiler ses poulets artificiels. Des œufs en polymère, des incubateurs high-tech, des poussins qui pigent sans jamais avoir connu de vraie coquille. Le tout financé par 225 millions de dollars de levées. Beau, non ? À quel prix ?
Le poulet n'est pas une imprimante 3D
Colossal se vante de pouvoir « résoudre la crise alimentaire » en fabriquant des poulets sans dépendre de l'élevage industriel. Sauf que : un poulet sur batterie coûte 0,30 € à produire. Le leur ? On l'ignore. Mais une coquille imprimée, stérilisée, surveillée 24/7 – vous imaginez la facture énergétique ? C'est le même délire que les steaks de laboratoire : une solution techno-féerique pour un problème qui est d'abord politique. La faim dans le monde n'est pas un problème de coquilles défaillantes, mais de distribution, de spéculation, de gaspillage.
Et puis il y a l'angle éthique. Colossal prétend « améliorer le bien-être animal » en retirant la poule pondeuse de l'équation. Mais qu'est-ce qu'on fait des poules mâles (massacrés dès la naissance dans la filière œuf) ? La start-up n'en parle pas. Encore une fois, on remplace un vrai problème systémique par un gadget technologique.
Musk : l'effondrement d'un empire en direct
Pendant que Colossal pond des promesses creuses, Elon Musk assiste à sa propre débâcle. L'homme qui a acheté Twitter pour 44 milliards de dollars en octobre 2022 voit aujourd'hui la plateforme valorisée à 17 milliards par Fidelity. Une perte de 27 milliards – soit le PIB de l'Islande. Et ce n'est que la partie visible.
Tesla ? L'action a chuté de 50 % en un an. SpaceX ? Les retards s'accumulent. Neuralink ? Les singes crèvent. Musk est passé de génie autoproclamé à bouffon pathétique, et pourtant les médias continuent de lui offrir une tribune. Pourquoi ? Parce que le mythe Musk rapporte du clic. On regarde son naufrage comme un documentaire animalier, fasciné par la bête qui se noie.
Deux histoires, un même message
Colossal et Musk incarnent la même dérive : l'illusion que l'argent et la technologie peuvent acheter la réalité. Colossal dépense des centaines de millions pour réinventer l'œuf, alors qu'il suffirait de taxer les élevages industriels. Musk brûle des milliards pour posséder un réseau social, et finit par ruiner ce qu'il a touché.
La leçon ? La tech aime les mirages. Mais les mirages ne nourrissent pas les affamés, et ne sauvent pas l'ego des milliardaires. Alors la prochaine fois qu'on vous vendra une révolution en boîte, demandez-vous : qui paie, et qui perd ?