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Trump joue au lexicographe, la Silicon Valley dit amen

Renommer l'intelligence artificielle en « super » ne la rend ni plus intelligente, ni moins dangereuse — ça change juste de quoi on parle, et surtout de quoi on ne parle plus. Pendant que Trump fait du vocabulaire, la Silicon Valley encaisse et les questions de régulation s'évaporent. Suivez le mot, vous trouverez l'argent.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : THE VERGE AI
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Donald Trump ne sait pas entraîner un modèle de langage. Il sait faire mieux : entraîner des électeurs, des journalistes et, apparemment, des PDG. Sa première campagne a tenu sur des surnoms — « Little Marco », « Crooked Hillary » — et sur le détournement le plus rentable de la décennie : transformer « fake news », expression qui désignait des sites bidon, en insulte générique contre toute presse qui dérange.

La recette est ressortie du placard, appliquée à l'intelligence artificielle. « Artificial » devient une insulte. « Super » devient le nouveau totem. Et ceux qui résistent sont déclarés « THE ENEMY » — en majuscules, s'il vous plaît, parce que le fond ne suffit plus quand on a la typographie.

« Artificial » gênait. « Super » vend mieux

Pourquoi ce mot dérange-t-il à ce point ? Parce qu'« artificiel » dit la vérité : quelque chose de fabriqué, de simulé, qui imite sans comprendre. C'est laid, c'est honnête, et ça rappelle désagréablement que la machine ne pense pas — elle calcule des probabilités. « Super », en revanche, ne veut rien dire. Ce n'est même pas de la superintelligence : c'est juste un adjectif de boîte de céréales. Quelques lettres de plus dans un communiqué, et la même boîte noire devient un héros de comic book.

Rien n'a changé. Pas un transistor, pas un gigawatt, pas un jeu de données. « Super » n'améliore aucun modèle, ne réduit aucune hallucination, ne règle aucun contentieux de droits d'auteur. Aucune gravure en 2 nanomètres n'est sortie d'un décret lexical. Pour un pays qui prétend livrer une course technologique mondiale, vendre du packaging au lieu de puces relève du foutage de gueule institutionnel.

Ils applaudissent parce qu'ils ont intérêt à applaudir

Les grands noms de l'IA suivent le mouvement. Pas par passion pour la linguistique : par arithmétique. Rappelez-vous les dîners de gala, les poignées de main au Capitole, les chèques d'un million de dollars glissés dans le fonds d'investiture — Sam Altman en décembre, Mark Zuckerberg dans la foulée, et une brochette de patrons tech alignés au premier rang comme des figurants de télé-réalité.

Ces mêmes personnes passaient leurs journées à expliquer, micro à la main, que l'IA pourrait détruire l'humanité. Le jour où celui qui peut signer leurs contrats fédéraux leur demande de changer de vocabulaire, plus personne ne parle d'extinction. Curieux, non ? La peur disparaît exactement au moment où la subvention apparaît.

Le vrai sujet, celui qu'on enterre

Renommer, c'est légiférer à l'envers. Si l'objet n'est plus « artificiel » mais « super », il sort discrètement de la catégorie des choses qu'on encadre : deepfakes, surveillance biométrique, biais de recrutement, armes létales autonomes, consommation électrique délirante des centres de données. On débat du mot pendant que les textes réglementaires pourrissent dans un tiroir. C'est ça, la magie du vocabulaire : pendant que tout le monde regarde le doigt, personne ne regarde la Lune.

Suivez l'argent, il chante plus juste que les discours. Stargate et ses 500 milliards de dollars annoncés en fanfare. Des datacenters qui siphonnent l'eau et l'électricité de comtés entiers pendant que les habitants paient la facture. Des valorisations à dix chiffres construites sur des promesses de revenus qui n'existent pas encore. Voilà le vrai programme. « Super » ou « artificial », c'est de la sémantique pour éditorialistes fatigués.

Deux interpellations, sans formule de politesse

Aux dirigeants de la tech : vous voulez vraiment que le cadre juridique de votre industrie dépende du bon vouloir d'un homme qui change de surnom comme de cravate ? Aujourd'hui il vous rebaptise en héros. Demain, la même grammaire servira à vous désigner comme traîtres, comme le montre le mot « ENEMY » déjà sorti du chapeau. Vous n'êtes pas des partenaires. Vous êtes des accessoires de communication, réutilisables.

Aux régulateurs européens et américains : arrêtez de courir après les acronymes. Un algorithme qui décide d'un refus de crédit, d'un diagnostic médical ou d'une libération conditionnelle ne devient pas inoffensif parce qu'on l'a affublé d'un adjectif marketing. Encadrez les usages, pas les syllabes.

Et retenez la leçon : « artificial » ou « super », le produit est identique. Seul le client a changé. Il n'est pas meilleur.

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