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Trump joue à Call of Duty avec le Moyen-Orient

L'administration Trump gère l'escalade avec l'Iran comme une campagne TikTok : avec des memes, des effets de jeu vidéo et zéro considération pour les conséquences réelles. La première guerre conçue pour le feed, où le 'mission accomplished' se mesure en partages et l'ignorance est érigée en doctrine.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : THE GUARDIAN AI
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La Maison Blanche a trouvé la formule magique pour gérer une escalade militaire qui fait trembler les marchés et les chancelleries : le meme TikTok. Pendant que les frappes américaines sur l'Iran font monter le prix du baril et les risques de conflit régional, l'administration Trump préfère vous montrer des montages avec SpongeBob SquarePants et des effets de jeu vidéo. Bienvenue dans la première guerre conçue pour le feed, où l'impact géopolitique se mesure en likes et le « mission accomplished » en partages.

La stratégie du dopamine hit

Une semaine après le début des frappes, le compte officiel de la Maison Blanche balance un clip. Au programme : des extraits de Top Gun, de Braveheart et de Breaking Bad, le tout sous-titré « Justice the American way » – un détournement cynique de la devise de Superman. Dans un autre, intitulé « Touchdown », des joueurs de NFL se taclent. Au contact, boom, une explosion étiquetée « unclassified ». Le message est limpide : la guerre, c'est du sport. Une distraction. Un contenu.

L'ignorance comme doctrine

Ce n'est pas une erreur de communication. C'est la colonne vertébrale d'une doctrine. En réduisant un conflit aux conséquences incalculables à une série de GIFs et de références pop, l'administration fait d'une pierre deux coups. Elle flatte sa base, nourrie à la culture du « own » et du dunk, et elle évacue toute nécessité de débat complexe. Pourquoi parler de droit international, de risques d'escalade, de vies civiles, quand on peut diffuser Operation Epic Fury façon Nintendo Wii ? La bêtise n'est plus un bug, c'est une feature.

L'écosystème complice

Cette opération de flattening narratif ne tient que parce qu'elle atterrit dans un environnement médiatique parfaitement adapté. Les plateformes sociales, avides d'engagement, amplifient sans filtre ces contenus conçus pour le choc et la viralité. Les médias traditionnels, obsédés par le « côté humain » et le spectacle, reprennent le framing sans le critiquer. Résultat : la guerre devient un produit culturel, un épisode de plus dans la série permanente de l'actualité. On scroll, on like, on passe à autre chose. La dopamine a coulé, le baril est à 90 dollars, mais hey, avez-vous vu le meme avec SpongeBob ?

Le vrai game n'est pas celui qu'on croit

Pendant que vous regardez le spectacle, regardez aussi les mains. Celles qui actionnent les leviers des marchés, qui signent les contrats d'armement, qui profitent de l'instabilité. La réduction du conflit en jeu vidéo n'est pas qu'une insulte à l'intelligence. C'est un écran de fumée haute définition. Elle permet de dissimuler les calculs froids, les intérêts économiques et les échecs stratégiques derrière un feu d'artifice de références nostalgiques. La guerre est peut-être « épique » sur Twitter. Dans la réalité, elle est surtout extrêmement rentable pour quelques-uns, et catastrophique pour tous les autres.

Trump n'a pas inventé la guerre spectacle. Mais il en a perfectionné la version low-cost, low-effort, optimisée pour l'ère de l'attention fragmentée. Le problème, c'est que les missiles, eux, sont bien réels. Et leur impact, lui, ne se mesure pas avec un compteur de vues.

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