Sortez les violons et les communiqués de presse triomphants : l'IA générative va sauver la productivité des développeurs. Sauf que la réalité, comme souvent, ressemble plus à un mauvais trip qu'à une révolution. Une étude passée au crible par Susanoo révèle que le 'tokenmaxxing' – cette course effrénée à faire bouffer le plus de tokens possibles aux LLMs – produit surtout du code plus cher, plus lent et plus merdique à maintenir. La productivité ? Un mirage statistique acheté au prix fort.
Plus de lignes, moins de neurones
Le constat est simple et brutal : les devs assistés par l'IA écrivent jusqu'à 40% de code en plus. Super, non ? Sauf que cette prolifération n'est pas synonyme de valeur. C'est l'inverse. On observe une inflation de fonctions redondantes, de commentaires verbeux générés automatiquement, et de structures alambiquées que le développeur n'aurait jamais pondues de son propre chef. Le LLM, payé à la requête, a tout intérêt à être verbeux. Le résultat ? Une codebase bouffie, plus lente à compiler, plus pénible à naviguer, et qui cache la complexité réelle sous un tapis de tokens.
La facture cachée du 'réécris-moi ça'
Et c'est là que l'arnaque financière se révèle. Ce code généré en masse n'est pas prêt à l'emploi. Il nécessite un travail de révision, de test et de réécriture massif – un coût que personne ne comptabilise dans les jolis graphiques de 'temps gagné'. Le développeur passe moins de temps à taper, mais plus de temps à déboguer des propositions bancales, à comprendre une logique qu'il n'a pas conçue, et à réparer les failles de sécurité que l'IA a gentiment introduites. La boucle est vicieuse : on génère du code vite fait, on passe des heures à le corriger, et on appelle ça du 'gain de productivité'. Les vendeurs de licences Copilot et Cie rigolent tous le chemin vers la banque.
Qui est le vrai pigeon ? Le dev ou le CTO ?
Le tableau d'ensemble est consternant. D'un côté, les développeurs, persuadés d'être surhumains, deviennent les curateurs anxieux d'une intelligence factice. De l'autre, les directions techniques, hypnotisées par les métriques de lignes de code et les promesses vendor, signent des chèques pour une dette technique qui explose. Le seul gagnant est l'écosystème de la hype. Les modèles sont entraînés sur ce code de mauvaise qualité, créant une boucle de rétroaction toxique : des LLMs produisent du mauvais code, qui sert à entraîner les prochains LLMs. Bienvenue dans l'ère de la productivité en toc, où l'on mesure tout sauf l'impact réel.
La conclusion s'impose : le 'tokenmaxxing' n'est pas une pratique d'ingénierie. C'est un symptôme de paresse intellectuelle et de fétichisme technologique. Vouloir remplacer la pensée critique par une autocomplétion hallucinante, c'est se condamner à produire du software obèse, fragile et hors de prix. La prochaine fois qu'un vendeur vous parlera de gains à deux chiffres, demandez-lui le coût total de possession. Et regardez-le détourner le regard.