Votre vie amoureuse vaut-elle un scan de rétine ?
Match Group, la maison mère de Tinder, vient de signer un pacte faustien avec Worldcoin, la start-up crypto-biométrique cofondée par Sam Altman. Le deal ? Les utilisateurs qui accepteront de se faire scanner le visage et les iris par un « orb » physique de Worldcoin recevront cinq boosts gratuits sur l’appli de rencontre. Une prime pour avoir troqué son identité biologique contre un avantage algorithmique éphémère. Le pilote, testé au Japon l’an dernier, s’étend désormais aux États-Unis et autres « marchés sélectionnés ». La promesse ? Éliminer les bots. La réalité ? Normaliser la collecte de données biométriques pour un match.
L’orb de la vérité, ou le piège le plus lucratif
Le processus est aussi simple qu’inquiétant : il faut se déplacer physiquement vers un de ces orbs argentés, se laisser photographier sous tous les angles, et accepter que ces données — soi-disant chiffrées — alimentent la blockchain de Worldcoin. En échange, Worldcoin vous verse des tokens WLD et vous certifie « humain ». Tinder, de son côté, vous offre une visibilité temporaire. Tout le monde y gagne, sauf vous. Votre visage devient une monnaie d’échange entre une appli de dating et un projet crypto controversé, dont le fondateur dirige aussi l’entreprise qui inonde le web de chatbots.
Altman, le grand architecte de la confiance forcée
Il faut admirer l’audace : Sam Altman, patron d’OpenAI — société qui a largement contribué à rendre le web méfiant envers les textes générés —, propose maintenant une solution biométrique pour restaurer la « confiance ». Une confiance qui passe par un scan oculaire. La boucle est bouclée. On crée le problème (l’incertitude sur l’identité en ligne) et on vend la solution (la biométrie). Et si vous hésitez, on vous appâte avec des boosts Tinder. La stratégie est limpide : utiliser des plateformes grand public pour massifier l’adoption d’une technologie intrusive, sous couvert d’utilité.
La vie privée, dernier swipe à gauche
Que deviennent ces données biométriques ? Worldcoin assure qu’elles sont chiffrées et que seuls des « hash » sont stockés. Mais l’histoire de la tech est pavée de promesses de sécurité fracassées. Une fois votre iris numérisé, il est unique et irrécupérable. Vous ne pouvez pas changer de visage comme vous changez de mot de passe. En cas de fuite, c’est l’identité biographique définitive qui fuit. Et la « démonétisation » promise par Worldcoin ressemble de plus en plus à une monétisation… de votre corps.
Conclusion : le dating à l’ère de la vérification dystopique
Demain, pour prouver que vous êtes « réel » et avoir une chance de matcher, il faudra peut-être montrer patte blanche… biométrique. Tinder et Worldcoin testent les limites de ce que les utilisateurs sont prêts à céder pour un peu d’attention. La question n’est plus « Should you stare into Sam Altman’s orb before your next date? », mais plutôt : à quel prix êtes-vous prêt à vendre votre singularité humaine pour un rendez-vous ? La réponse, visiblement, commence à cinq boosts.