Neuf ans. Il a fallu près de neuf ans à Tesla pour sortir un camion électrique de sa ligne de production. Neuf ans de teasing, de retards, de promesses qui sentaient le gasoil brûlé. Le 1er décembre 2017, Elon Musk dévoilait un prototype futuriste sur scène, annonçant des livraisons en 2019. On rigole encore. Aujourd'hui, une photo de presse montre le premier Semi officiel sorti d'usine. Mais est-ce vraiment une révolution ? Ou juste le énième gadget hors sol pour pollueurs branchés ?
Les chiffres qui font mal
Parlons peu, parlons blé. Le Tesla Semi est facturé entre 150 000 et 180 000 dollars selon la version. Autonomie annoncée : 300 à 500 miles (480 à 800 km). Sur le papier, c'est séduisant. Mais les poids lourds diesel équivalents coûtent moitié prix (70 000 à 90 000 dollars). Tesla nous sert la litanie habituelle : économies de carburant, maintenance réduite. Sauf que le gazole roule encore pour longtemps, surtout sur les longues distances. Et les batteries ? Le poids du pack ? Tesla reste muet. Les 500 miles, c'est en charge utile minimale, avec un vent arrière et en roue libre. Dans la vraie vie, un camion électrique chargé à bloc perd 30 à 40 % d'autonomie. Mais chut, ne gâchons pas le storytelling.
Où sont les bornes ?
Un camion qui se recharge en 30 minutes, c'est bien. Encore faut-il avoir des bornes capables de délivrer 1 MW (mégawatt). Tesla promet un réseau de Megachargers. Actuellement, on en compte moins d'une vingtaine, toutes aux États-Unis, et la plupart inaccessibles au public. Pour faire rouler une flotte de Semi, il faudrait des dizaines de ces stations. Le plan de Tesla : 100 stations d'ici fin 2025. On repassera. Pendant ce temps, les concurrents comme Nikola (qui a déjà fait faillite une fois) ou Daimler avancent avec des partenariats publics. Mais non, Tesla préfère jouer les pionniers solitaires, quitte à laisser ses clients dans le froid.
Qui va acheter ça ?
PepsiCo a commandé 100 unités en grande pompe. Walmart aussi, mais en petit nombre. Le problème, c'est que la production massive n'est pas pour demain : l'usine du Nevada peut sortir 50 000 unités par an d'ici 2025. Pour le moment, on parle de quelques milliers maximum. Les petits transporteurs, eux, n'ont pas les poches pleines. Et sans subventions massives, le Semi reste un jouet de riche. D'ailleurs, Musk a déjà bénéficié de 3 milliards de dollars de subventions fédérales pour ses usines. Merci les contribuables.
Le verdict d'un cynique
Le Tesla Semi est une prouesse technique, d'accord. Mais c'est aussi un symbole parfait du bullshit Tesla : des promesses hollywoodiennes, un calendrier qui tient du délire, et des prix qui excluent les 99 %. Quand on voit ce camion rouler, on applaudit. Mais en coulisses, c'est le même cirque : Elon qui tweete des délais impossibles, des ingénieurs qui dorment sous les bureaux, et des investisseurs qui continuent d'avaler la pilule. Alors oui, le Semi existe enfin. Mais pour le moment, c'est juste un gros jouet vert pour les grosses boîtes qui veulent se donner une conscience écolo. Le reste du monde attendra.