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Suno v6 : le pillage, désormais sous licence

Suno annonce v6, son « premier modèle entraîné avec l'aide de l'industrie du disque ». Comprenez : le premier pour lequel la startup a payé. Warner, BMG et Believe ont signé — vos prompts aussi, et personne n'a jugé utile de vous demander votre avis.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : THE VERGE AI
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Deux ans après avoir aspiré des décennies de musique sans demander la permission à quiconque, Suno découvre l'hygiène. La startup annonce v6, son nouveau modèle de génération musicale, et le vend comme une première mondiale : le premier entraîné « avec le soutien de l'industrie du disque ». Traduction pour ceux qui ne parlent pas le communiqué : le premier pour lequel on a payé.

L'aveu est planqué dans la phrase

Jack Brody, de Suno, lâche au Verge la citation qui vaut tous les dossiers de presse : v6 a été « entraîné de zéro, avec un nouvel ensemble de données qui n'inclut pas les mêmes données que celles utilisées pour nos modèles précédents ». Relisez lentement. Ce n'est pas une fiche produit, c'est une reconnaissance de culpabilité rédigée en langue de bois. Si le nouvel entraînement « n'inclut pas » les anciennes données, c'est donc que les anciennes données étaient un problème. On ne reconstruit pas une base d'entraînement à partir de rien par amour de l'artisanat. On le fait parce qu'un juge, un avocat ou un virement vous y a contraint.

Warner, BMG, Believe : la rançon a un nom et un IBAN

Les nouvelles données proviennent de contenus sous licence signés avec Warner Music Group, BMG et Believe. Voilà pour la version officielle, celle qu'on placarde. Ce qu'elle omet soigneusement : ces trois-là ne sont pas des mécènes. Ils sont la facture. Rappel pour les distraits : la RIAA, porte-voix des majors, a traîné Suno devant les tribunaux en 2024 pour violation massive de droits d'auteur. Depuis, les accords tombent comme des dominos. Le récit de la « collaboration avec l'industrie » n'est pas une vision, c'est un règlement à l'amiable repeint en roadmap produit.

« User data » : la formule qui devrait vous réveiller la nuit

Le nouvel ensemble comprend aussi des « données utilisateurs ». Le pudding contient la preuve. Ces données, ce sont vos prompts. Vos tentatives de chanson. Vos dix mille variations d'un refrain de variété que vous avez jeté à la poubelle après trois écoutes. Elles servent désormais à entraîner le produit qu'on vous revendra demain. Et le Verge de noter, presque gêné, que « l'on ne sait pas si les données d'entraînement de v6 sont totalement exemptes de contenus obtenus de manière douteuse ». Traduction : personne ne vérifie, personne ne vérifiera, faites confiance à l'onglet Conditions d'utilisation que vous n'avez jamais ouvert.

Trois modèles, un seul gratuit : devinez qui paie

v6 se décline en trois versions : v6, v6-wild, et v6-mini. Seul le mini est ouvert à tous gratuitement, calibré pour la réponse rapide — comprenez : la version qui sert à vous accrocher avant de vous facturer l'accès aux vraies capacités. Le modèle économique de la drogue douce, appliqué à la chansonnette. Rien de nouveau sous le soleil de la Silicon Valley, mais il fallait le dire à voix haute.

Qui se goinfre, qui attend le chèque

La vraie question n'est pas de savoir si v6 sonne mieux. Elle est de savoir ce que coûte la respectabilité. Suno a bâti sa valorisation sur du contenu fauché, puis a monétisé sa propre régularisation auprès de ceux-là mêmes qu'il avait spoliés. Les maisons de disques encaissent leur part, la startup blanchit son catalogue et change de costume. Les artistes, eux ? Ils attendent. Ils attendront longtemps, parce que personne ne leur a demandé leur avis avant de signer l'accord qui dispose de leur travail.

Le cycle complet, et il recommence

Pillage, procès, licence, puis « nous avons toujours défendu un écosystème équitable ». Suno vient de boucler une manche. Et notez le tour de passe-passe : Warner et compagnie n'ont pas vaincu l'IA. Ils ont acheté des royalties sur la machine censée les remplacer. C'est plus rentable que de se battre, et ça se raconte beaucoup mieux en conférence de presse.

Alors oui, v6 est probablement meilleur. Bravo. Il aura fallu deux ans, un litige et un contrat pour que Suno découvre qu'on ne bâtit pas durablement un empire créatif sur le dos des créateurs sans finir par présenter l'addition. La prochaine fois, essayez de payer avant de piller. Ça fait moins de vagues, et ça donne l'air moins pressé d'être honnête.

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