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Stephen Marche découvre l'eau tiède : les écrivains survivront à l'IA (et autres banalités)

Un essayiste canadien, après avoir pondu un roman avec l'IA, nous sermonne sur la valeur éternelle de l'écrivain. La seule révélation choquante, c'est qu'il a fallu un scandale pour que des éditeurs remarquent la médiocrité d'un texte généré.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : THE GUARDIAN AI
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Leçon n°1 : Quand les enfants sont plus lucides que les intellectuels

Stephen Marche nous rapporte une scène de cour de récréation où une fillette traite les propos d'un garçon de "C'est de l'IA !". Traduction : du baratin qui a la forme du sens mais en est dépourvu. Les gosses de 10 ans ont déjà intégré le diagnostic que les pontes de la littérature mettent des pages à formuler avec emphase : une grande partie de la production textuelle contemporaine, bien avant le ChatGPT, était déjà du vide syntaxique bien agencé. La seule différence, c'est que maintenant, on a un coupable désigné.

Le scandale "Shy Girl" : L'aveuglement volontaire de l'industrie

Marche évoque le scandale du roman Shy Girl de Mia Ballard, annulé par Hachette après des révélations sur l'usage de l'IA. L'élément le plus savoureux, qu'il effleure à peine, est le suivant : le livre était d'abord auto-édité. Personne – ni les premiers lecteurs, ni les éditeurs qui l'ont ensuite repéré – n'a flairé la machine avant qu'on ne leur mette le nez dessus. L'industrie, qui se targue de défendre la « qualité littéraire », est donc incapable de distinguer un texte généré d'un texte humain, sauf quand on lui souffle la réponse. Ça en dit long sur la valeur réelle qu'elle ajoute.

Le plaidoyer pro domo d'un utilisateur repenti

Marche, qui a lui-même « écrit un roman avec l'IA », nous pond un éditorial pour nous expliquer que les écrivains restent « aussi précieux que jamais ». C'est le classique retour de flamme de celui qui a testé l'outil disrupteur et réalise, avec une pointe de panique, qu'il pourrait bien être remplaçable sur la partie la plus mécanique de son travail. Son argument se résume à : la maîtrise d'un « style banal » perd de son utilité, donc les vrais écrivains doivent faire ce que les machines ne peuvent pas. Merci, capitaine Évidence.

La vraie question que Marche évite soigneusement

Qui va décider de ce que les machines « ne peuvent pas » faire ? Et à quel prix ? Le sous-texte de tout ce baratin, c'est la peur de voir la valeur marchande de l'écrivain professionnel s'effondrer. Si n'importe qui peut générer une première ébauche de roman policier ou de manuel technique, que reste-t-il à vendre ? Seulement le « génie », l'« âme », le « style » – des concepts notoirement difficiles à monétiser à l'heure. L'appel de Marche à la « puissance du langage » sonne comme un vœu pieux d'artisan face à la chaîne de montage.

Conclusion : L'IA, miroir grossissant de notre médiocrité

Le véritable service que nous rend l'intelligence artificielle, c'est de nous forcer à regarder en face la part immense de boulot intellectuel qui n'était déjà que du remplissage, de la paraphrase et de la recomposition stérile. Le scandale n'est pas que l'IA puisse écrire un mauvais roman, mais que l'industrie publie déjà tant de mauvais romans écrits par des humains sans sourciller. Les enfants de la cour de récré ont raison : on baigne dans le « nonsense » depuis bien longtemps. L'IA ne fait que nous donner un mot pour le désigner.

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