Ah, les fonds indiciels. Ces doudous financiers qu'on vous vend comme le Graal de l'investissement passif. « Mettez vos sous dans le Nasdaq-100, dormez tranquille, le marché monte toujours. » Sauf quand un dinosaure privé nommé SpaceX débarque dans l'indice avec une valorisation de 1,77 trillion de dollars et un air de « je suis trop gros pour faire faillite ». Bravo, les gars. Vous venez de transformer le bas de laine du retraité en roulette russe cosmique.
Le mirage de la sécurité indicielle
Les index funds sont censés être le refuge des investisseurs prudents. Pas besoin de sélectionner des actions, tu paries sur la moyenne. Sauf que quand une entreprise comme SpaceX — une start-up non cotée, avec des revenus encore flous et un patron qui tweete des memes en pleine conférence de presse — est catapultée dans le Nasdaq-100, le concept même de « sécurité » explose en vol. Le Nasdaq-100 n'est pas un indice de « growth » comme les autres : il est dominé par des géants comme Apple, Microsoft, Amazon. Y fourrer une fusée non cotée, c'est comme mettre un chat sauvage dans une volière de canaris.
SpaceX : licorne ou croque-mitaine financier ?
SpaceX n'a jamais été cotée en bourse. Sa valorisation actuelle, 150 milliards de dollars selon les dernières levées, repose sur des promesses de Starlink et des contrats gouvernementaux. Mais Elon Musk lui-même a admis que Starlink n'est pas rentable avant 2025 au plus tôt. Alors comment justifie-t-on un IPO à 1,77 trillion ? (Oui, vous avez bien lu, le chiffre qui fait pâlir le PIB de la moitié des pays d'Europe.) C'est simple : la hype. Et la hype, ça ne rembourse pas les dividendes.
Et votre retraite dans tout ça ?
Imaginez : vous avez 10 000 euros placés sur un ETF Nasdaq-100 dans votre plan épargne retraite. SpaceX entre dans l'indice avec un poids potentiel de 5 à 10 % (car l'indice pondère par capitalisation boursière). Si SpaceX plonge — un retard de Starship, un scandale chez Musk, une régulation qui serre la vis — votre retraite perd des milliers d'euros. Et vous n'avez rien demandé. Les gestionnaires d'ETF sont obligés d'acheter les actions SpaceX pour répliquer l'indice. Vous devenez actionnaire malgré vous d'une boîte que vous n'auriez jamais touchée avec une perche de 50 mètres.
Qui se goinfre ? Les banquiers, évidemment
Derrière cette intégration express, il y a des banques d'investissement qui empochent des commissions juteuses. Les mêmes qui ont vendu des ETF « passifs » comme des placements sans risque. Les mêmes qui ferment les yeux sur la valorisation délirante de SpaceX parce que les frais de gestion, eux, sont bien réels. Résultat : vous, le petit porteur, vous prenez le risque. Eux, ils prennent l'argent.
Faut-il boycotter le Nasdaq-100 ?
Non, mais il faut ouvrir les yeux. Les fonds indiciels ne sont pas magiques : ils répliquent des indices, et ces indices peuvent être manipulés par des IPO surcotées, des intégrations politiques ou des décisions de comités opaques. SpaceX dans le Nasdaq-100, c'est le signal que la finance est devenue un casino déguisé en Caisse d'Épargne. Alors avant de laisser votre conseiller vous vendre un ETF « safe », demandez-lui : « Et si SpaceX fait faillite, tu me rembourses ? » Silence radio garanti.