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EUROPEIL Y A 8SEM — 3 MIN DE LECTURE

Souveraineté IA : l'Europe s'offre un mirage à 30 milliards

Bruxelles étale 10 milliards de fonds publics pour attirer vingt autres milliards privés dans des gigafactories d'IA. Mais on cherche toujours le modèle souverain, le processeur européen et la moindre preuve que ces cimenteries numériques serviront à autre chose qu'à arroser les industriels déjà en position.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : EU DIGITAL STRATEGY
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L'Union européenne a dévoilé son appel d'offres pour sept "gigafactories" d'IA. Sept. Avec une enveloppe publique "pouvant atteindre" 10 milliards d'euros, et la promesse d'un effet de levier "attendu" de 20 milliards d'euros privés. On vous épargne le lustre des discours : c'est un grand chèque en blanc, bordé de mentions légales et de vieux rêves de grandeur technologique.

Gigafactories : le nouveau joujou de ceux qui ont raté le train de l'IA

Souvenez-vous. En 2024, on nous vendait les AI Factories comme la révolution qui allait faire de l'Europe un acteur de l'IA. Aujourd'hui, après 19 usines annoncées, on rempile avec des "Giga" — parce que dans la tech, quand on n'a pas de résultats, on augmente les adjectifs. Le communiqué parle d'infrastructure pour entraîner, affiner, inférer. Traduction : des hangars remplis de GPU Nvidia, loués à des start-ups qui feront tourner des chatbots à la mode.

10 milliards sortis du chapeau, 20 milliards fantômes

Posons les faits. 10 milliards d'argent européen et national, soit "jusqu'à" 10 milliards — une formulation qui permet de verser 6 si les caisses sont vides. Pour quel retour ? Des investissements privés "espérés" à hauteur de 20 milliards. Il n'est pas écrit qu'ils sont engagés. Il est écrit que l'initiative est "dirigée par l'industrie" : autrement dit, les mêmes qui vendent les puces, les clouds et l'énergie vont être aux manettes pour définir où atterrit l'argent public. On ne fait pas plus efficace pour privatiser les pertes et socialiser les coûts.

La souveraineté, un concept à raconter aux contribuables

Ce pavé bruxellois ressort les mêmes incantations : "souveraineté technologique", "autonomie stratégique", "valeurs européennes". Mais aucune clause ne garantit que les technologies développées dans ces gigafactories seront réellement souveraines. Les puces ? Elles viennent de Taïwan et des États-Unis. Le logiciel ? Vraisemblablement des piles logicielles américaines. Et la sécurité, l'éthique, la protection des données ? On nous promet que tout se fera "conformément aux normes de l'UE" — merci, au moins nos données seront polies avant d'être traitées par des serveurs hors de notre contrôle.

Pendant ce temps, les vrais acteurs riaient : les États-Unis et la Chine

Pendant que Bruxelles compte les moutons de ses gigafactories, les modèles de frontière s'entraînent ailleurs, sur de vraies infrastructures massives. L'Europe, elle, espère qu'en empilant des euros elle pourra rattraper un retard mesuré en années, pas en milliards. Le plan est si pathétique qu'il servira au mieux à éponger quelques projets de recherche, à nourrir une myriade de consultants, et à financer l'obsolescence programmée d'infrastructures jamais arrivées.

Ce qu'on ne vous dit pas

Les gigafactories vont consommer une électricité de folie. L'UE parle de "data centers économes en énergie" — comme si faire tourner des dizaines de milliers de GPU en transférant les coûts environnementaux sur les générations futures était "économe". L'impact sera massif sur le réseau électrique, la tarification carbone et les objectifs climatiques. Mais chut, ça ne rentre pas dans le narratif de la compétitivité.

En résumé, Bruxelles vient d'inventer un nouveau machin bien nommé : une gigafactory à produire des communiqués de presse. On attend de voir si les fonds arriveront avant les prochaines échéances électorales, et si l'Europe restera une destination touristique pour les capitaux américains. En attendant, les contribuables paieront la facture. Comme d'habitude.

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