Sortez les mouchoirs — ou plutôt, ne les sortez pas. OpenAI vient d'annoncer la fermeture de Sora, son application mobile qui proposait un fil d'actualités social entièrement généré par intelligence artificielle. La nouvelle est tombée discrètement, sans fanfare, comme un service qui meurt de sa belle mort : par indifférence générale. L'expérience, lancée en grande pompe il y a moins d'un an, n'a jamais réussi à retenir l'attention des utilisateurs au-delà de la curiosité initiale. Traduction : les humains préfèrent encore interagir avec d'autres humains. Quelle surprise.
Le modèle était impressionnant, l'usage était inexistant
Ne vous méprenez pas : le moteur, Sora 2, reste une prouesse technique monstrueuse. Capable de générer des vidéos et des pistes audio d'une cohérence parfois troublante, le modèle a de quoi faire pâlir n'importe quel studio d'effets spéciaux des années 2010. Mais entre la démo technique et le produit grand public, il y a un gouffre que même l'IA la plus avancée ne peut combler : celui de l'utilité. OpenAI a cru que le simple fait de pouvoir générer du contenu « réaliste » suffirait à créer une plateforme sociale. Erreur. Les utilisateurs se sont rapidement lassés de défiler dans un flux de publications parfaites, lisses, et profondément… vides. Sans conflit, sans maladresse, sans cette imperfection humaine qui, visiblement, donne son sel aux interactions sociales.
L'argent parle, l'engagement murmure
Les chiffres, bien sûr, sont restés confidentiels. Mais les sources internes évoquent une courbe d'engagement en chute libre après les premières semaines. Les coûts de calcul pour maintenir un flux personnel et dynamique pour chaque utilisateur étaient astronomiques, tandis que les revenus — essentiellement absents — ne justifiaient pas l'hémorragie. OpenAI, qui brasse des milliards en B2B avec ses API et ses contrats enterprise, n'a pas la patience ni le business model pour entretenir un jouet coûteux qui ne sert qu'à épater la galerie. Quand la hype retombe, il ne reste que la facture cloud. Et chez OpenAI, on sait compter.
Le syndrome de l'IA solutionniste
Sora est le parfait exemple du « solutionnisme technologique » qui gangrène la Silicon Valley : on a un marteau (un modèle de génération vidéo hyper puissant), donc on cherche désespérément un clou à enfoncer. « Et si on en faisait un réseau social ? » se sont-ils dit. La réponse du marché a été cinglante : non. Les réseaux sociaux ne marchent pas parce que la technologie de publication est bonne, mais parce qu'ils capturent des dynamiques humaines complexes — désir, validation, conflit, appartenance. Rien de tout cela ne peut être simulé de manière convaincante, même par Sora 2. L'application était un fantôme : une enveloppe technologique brillante autour d'un vide existentiel.
Et maintenant ?
Le modèle Sora 2, lui, survivra. Il sera intégré dans l'API OpenAI et dans ChatGPT, où il pourra servir à générer des vidéos ponctuelles sur demande — un usage utilitaire, contrôlé, et surtout, payant. La fermeture de l'appli Sora n'est pas un échec technologique, mais un échec product. Un rappel salutaire que même l'IA la plus avancée bute sur un problème vieux comme le web : créer de l'engagement authentique, ce n'est pas qu'une question de bits et de pixels. Parfois, il faut aussi un peu d'âme. Ou à défaut, de drama humain.
RIP Sora. Tu étais peut-être l'application la plus « intelligente » de ton époque, mais aussi la plus solitaire. Personne ne viendra fleurir ton mur.