Deux modèles. Sol et Luna. Le soleil et la lune. Il ne manque plus que la carte du zodiaque et un tarif Premium à 200 dollars par mois pour admirer la voûte céleste.
OpenAI a donc accouché de GPT-6 Sol et GPT-6 Luna, présentés comme « taillés dans le même tissu » qu'Astra. Traduction en langue vulgaire : trois noms de code, une seule annonce, et pas un chiffre. Bienvenue dans la communication par constellation.
« Moins cher » : de combien, pour qui, à partir de quand
Baisse de prix sans montant, c'est une remise en salle des ventes. On vous promet que le ticket d'entrée fond, mais on omet soigneusement de préciser de quel ticket on parle : par million de tokens en entrée ? en sortie ? en cache ? sur le batch ? à quelle date de mise en production ?
Un prix, c'est un nombre. Un nombre, ça se compare. Et comparer, c'est précisément ce qu'un communiqué de presse déteste.
Soyons honnêtes une seconde : si le coût d'inférence chutait vraiment de moitié, on le saurait avant vous. Les concurrents — DeepSeek en tête, Anthropic et Google sur les talons — ont déjà fait glisser le plancher tarifaire sous les pieds d'OpenAI. Personne ne baisse ses prix par générosité philosophique. On les baisse parce que quelqu'un d'autre a posé son prix plus bas d'abord. Sol et Luna ne sont pas une offrande. Ce sont des munitions.
« Moins d'erreurs » : sur quel test, noté par qui
Moins de fautes. C'est charmant, à défaut d'être mesurable. Moins de fautes sur quoi ? Sur du code ? Du droit ? De la comptabilité ? De la médecine ? Sur quelle évaluation, sur quel échantillon, sur quel nombre de paramètres d'échantillonnage — et validé par quelle équipe indépendante ?
Parce qu'un laboratoire qui évalue son propre modèle, c'est un élève qui note sa copie. Et cette copie, il la revend à des entreprises qui vont la déployer sur des dossiers clients, des remboursements ou des diagnostics. Le « moins d'erreurs » sans protocole, c'est un slogan imprimé au dos d'un paquet de céréales.
Détail qui pique : « taillés dans le même tissu qu'Astra ». Autrement dit, pas un nouveau tissu. Le même, recoupé. Ce n'est pas un reproche technique — les variantes déclinées d'une architecture unique, c'est ainsi que fonctionne le secteur. C'est un reproche marketing : vendre une déclinaison comme une astronomie.
Qui trinque pendant qu'on contemple le ciel
Pendant qu'OpenAI peint des astres, il y a du monde au sol. Les centaines de milliards promis en centres de données, les engagements de capacité, la facture d'électricité — tout ça ne se finance pas avec des métaphores lunaires.
Et il y a ceux qui subissent la baisse de prix sans qu'on leur demande leur avis : les petits revendeurs d'API, les start-ups dont le seul actif était un prompt bien écrit, et surtout les directions techniques qui ont signé un contrat annuel au tarif d'hier, la semaine dernière. Celles-là viennent de découvrir qu'elles payaient le prix de la version précédente. Joyeux Sol, joyeux Luna.
Chers gens d'OpenAI
Publiez un tableau. Tarif d'entrée, tarif de sortie, tarif de cache, moyenne pondérée sur trois charges de travail réelles. Le taux d'hallucination sur un jeu de test public, figé, avec la version du modèle et la température. Le taux de régression par rapport à votre modèle précédent. Ce n'est pas de la magie, c'est une page de documentation.
Vous n'avez pas lancé deux étoiles. Vous avez lancé une baisse de prix et un rhabillage, enveloppés dans du vocabulaire d'astronome. Sol et Luna. Deux noms. Un communiqué. Et toujours pas un chiffre.