Le prêt de la dernière chance
JP Morgan et Goldman Sachs viennent d'accorder à SoftBank un crédit revolving de 40 milliards de dollars. Non garanti. Sur 12 mois. Les termes sont si juteux pour les banques qu'on se demande qui, du prêteur ou de l'emprunteur, est vraiment dos au mur. Officiellement, c'est pour de la 'flexibilité stratégique'. En vrai, c'est la perfusion d'urgence pour un conglomérat dont le vaisseau amiral, le Vision Fund, a perdu 32 milliards de dollars en deux ans.
La super-intelligence selon Son : savoir emprunter
Il y a trois mois, Masayoshi Son présentait sa feuille de route : développer une IA 'super-intelligente' (ASI). Aujourd'hui, sa première réalisation concrète est d'avoir convaincu Wall Street de lui prêter l'équivalent du PIB de la Bulgarie. Le timing est savoureux : les pertes du Vision Fund 2 sont chroniques, les sorties en IPO sont au point mort, et les investisseurs de SoftBank commencent à regarder le cours de l'action comme on regarde un naufrage. L'ASI la plus aboutie chez SoftBank, pour l'instant, c'est l'Art de la Survie Immédiate.
L'IPO d'OpenAI : le mirage qui justifie tout
Pourquoi tout ce cirque pointe vers une IPO d'OpenAI en 2026 ? Parce que c'est le seul actif dans le portefeuille de SoftBank qui peut encore faire rêver – et surtout, justifier des prêts faramineux. SoftBank a engouffré plus de 10 milliards dans l'écosystème OpenAI via diverses enveloppes. Mais Sam Altman, lui, joue sa propre partition. Il a construit une structure si alambiquée – entre la société-mère à but non lucratif et la filiale commerciale – qu'une IPO classique relève du fantasme. SoftBank mise sur un mirage pour rembourser des prêts bien réels. Classique.
Qui paie la note ? (Indice : pas Son)
Les actionnaires de SoftBank, déjà saignés par les dilutions successives, vont voir leur part se réduire encore. Les créanciers, eux, se frottent les mains : des frais de montage pharaoniques et des intérêts sur un prêt qui ne financera pas de croissance, mais de la survie. Le vrai génie de M. Son n'est pas dans la prédiction tech, mais dans l'art de faire porter les risques par les autres, tout en gardant le contrôle. Le 40 milliards n'est pas un war chest. C'est un bouclier contre la réalité.
Notre verdict
Ne vous y trompez pas. Ce prêt n'est pas le signe avant-coureur d'une frénésie d'investissement en IA. C'est l'aveu qu'un des plus gros paris de l'histoire du capital-risque est en train de couler. SoftBank emprunte non pas pour conquérir le futur, mais pour éviter que son passé – un mur de mauvais paris sur des licornes surévaluées – ne lui tombe dessus. Quant à l'IPO d'OpenAI en 2026, gardez-la dans un coin de votre tête. À côté des voitures volantes et des colonies sur Mars.