Le dernier film de Steven Soderbergh, John Lennon: The Last Interview, est un monument de médiocrité technologique. Après le très bon The Christophers, le réalisateur a décidé de transformer le dernier entretien de John Lennon et Yoko Ono — celui du 8 décembre 1980, quelques heures avant que Mark David Chapman ne fasse son office — en un clip-show IA d'une ringardise confondante. On se croirait dans une foire aux relics numériques, sauf que personne n'a demandé que l'on bricole les derniers mots d'un mort avec un algorithme sans âme.
L'IA, le nouveau fossoyeur de l'art
Le problème n'est pas le sujet — le dernier entretien de Lennon est effectivement poignant, surtout quand on sait que les interviewers (Dave Sholin, Laurie Kaye, Ron Hummel) ont croisé Chapman en sortant, lui filant un exemplaire de Double Fantasy pour le calmer. Mais Soderbergh a choisi de noyer cette tragédie sous une couche de génération de contenu artificiel. Des séquences générées par IA, inutiles, sans intérêt, qui transforment le documentaire en brochure promo pour une boîte de logiciels. On se demande qui a payé — et combien — pour ce massacre numérique.
Le chiffre qui tue : le film accumule des passages générés par IA qui n'apportent rien, pas même une réflexion sur le processus créatif. C'est du vide chromé.
Le vrai scandale : l'argent et l'éthique
Derrière cette médiocrité, il y a un business. Des studios qui investissent dans des startups d'IA générative, des réalisateurs qui se font mousser en Mode disruptif, des festivals (Cannes) qui programment ça sans broncher. Pendant ce temps, des artistes vivants crèvent de faim. Le comble : le film évite soigneusement le contexte macabre de l'assassinat. Pas de mention du psychopathe qui attendait dehors, pas d'ambiance de fin du monde. On préfère montrer un Lennon souriant, version Disney, généré par machine. Une manière polie de vendre du rêve en boîte.
Le vendeur de rêves : Soderbergh lui-même, qui signe là un des films les plus inutiles de sa carrière. La question n'est pas de savoir si l'IA peut faire du cinéma, mais pourquoi on l'utilise pour dépecer les cadavres culturels.
L'arme fatale : le sarcasme
Imaginez : vous êtes Lennon, vous parlez de paix, d'avenir, vous signez un autographe à un déséquilibré — et trente ans après, on met votre interview sous perfusion IA pour faire joli dans un festival. C'est ça, l'héritage ? Non. C'est une insulte à l'intelligence des vivants et à la mémoire du disparu.
Le film aurait dû s'appeler John Lennon: The Last Gimmick. Mais non, on préfère la pompe et le silence gêné.
Verdict : Soderbergh a transformé une tragédie en demo technique. Si vous voulez comprendre pourquoi le cinéma se meurt, regardez ce film. Et si vous voulez honorer Lennon, réécoutez Imagine en boucle. Sans IA, sans bullshit.