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Slop-cycle : l'IA corrige les copies que l'IA a rédigées

L'université australienne a trouvé le moyen de fermer la boucle : l'IA rédige les copies, l'IA les note, et l'humain paie la facture. Armin Alimardani, cheveux bleus et montre connectée, a beau alerter sur une « menace existentielle », le vrai scandale est ailleurs — dans les économies de bouts de chandelle que vendent les edtechs aux directions de campus à bout de souffle.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : THE GUARDIAN AI
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Armin Alimardani a les cheveux bleus, une montre connectée et se décrit lui-même comme « un passionné de tech ». Voilà donc la vigie. Pas un vice-chancelier en costume trois pièces, pas un régulateur en commission parlementaire, pas un éditeur de logiciel avec un quota trimestriel à tenir. Non : un chercheur à la coupe improbable, dans un pays qui ferme des départements de lettres pour financer des « hubs d'innovation ».

C'est lui qui prévient : le virage des universités australiennes vers l'IA générative pour noter les copies des étudiants pourrait constituer une menace existentielle pour l'enseignement supérieur. Traduction non édulcorée : on est en train de confier la note au même outil qui vient d'écrire le devoir.

Le slop-cycle, ou comment on ferme la boucle

Le principe est d'une élégance carcérale. Étape un : l'étudiant fait rédiger son assignment par ChatGPT, parce qu'il a compris avant ses profs que le diplôme se négocie au prompt. Étape deux : l'université, soucieuse de son « efficacité opérationnelle », confie la correction à un modèle de langage. Étape trois : les retours générés par la machine apprennent à l'étudiant à écrire comme une machine — pour être mieux noté par une machine.

Personne n'apprend rien. Tout le monde valide. On appelle ça « slop-cycle », et c'est le versioning universitaire du chien qui se mord la queue en facturant des frais de scolarité à plusieurs dizaines de milliers de dollars l'année.

Qui se goinfre, qui se fait rouler

Suivons l'argent, comme toujours. Le personnel enseignant précaire — ces milliers de vacataires payés à la copie, sans bureau, sans sécurité, sans mutuelle décente — constituait déjà la variable d'ajustement. Le voilà maintenant concurrencé par un abonnement SaaS. Les directions y voient une ligne de coût qui maigrit. Les fournisseurs d'edtech y voient un marché captif : des institutions budgétairement étranglées, obligées de justifier chaque dollar auprès du ministère, prêtes à signer n'importe quel contrat pourvu qu'on leur vende le mot « IA ».

Restent les étudiants. Ils paient. Ils reçoivent en échange une note arbitraire pondérée par un modèle qui hallucine une source sur deux et dont personne, dans la chaîne, n'a la compétence — ni le temps — de vérifier la sortie. Le diplôme garde son papier. Sa valeur, elle, se dissout dans le prompt.

Les régulateurs, cette nouvelle pièce décorative

Question directe à la TEQSA et aux vice-chanceliers qui paradent dans les classements internationaux : à quel moment une note cesse-t-elle d'être une note pour devenir une sortie de modèle non auditée ? Aucun cadre précis. Aucun seuil. Aucun garde-fou. On découvre, comme d'habitude, l'ampleur du désastre après avoir déployé la solution à l'échelle du campus et signé le renouvellement de licence.

Ce qu'on ne vous dit pas dans les communiqués triomphants : l'IA ne remplace pas le correcteur. Elle le rend invisible. Elle déplace le travail humain — celui de lire, de douter, de recadrer un raisonnement bancal — vers un endroit où plus personne ne le revendique, et donc où plus personne ne le paie.

L'humain, cette fonctionnalité obsolète

Alimardani a raison de parler de menace existentielle, mais il est trop poli. La menace n'est pas accidentelle : elle est administrative. C'est une décision. Chaque direction qui déploie une correction automatisée sans double lecture humaine documentée prend un pari : celui que personne ne s'en apercevra avant la remise des diplômes, et que personne n'aura les moyens de faire machine arrière.

À tous ceux qui voient dans cette bascule une « modernisation inévitable » : on ne modernise pas en supprimant la dernière personne payée pour lire attentivement. On licencie une à une, et on appelle ça une stratégie. Le slop-cycle n'est pas un bug du système universitaire. C'est son business model mis à nu.

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