Ah, la grande nouvelle est tombée. Apple, avec une solennité de pape donnant la bénédiction urbi et orbi, a enfin « réparé » Siri. Dix ans qu’on nous promettait que l’assistant allait devenir intelligent. Dix ans de météo, de minuteurs et de réponses « Je ne suis pas sûr d’avoir compris ». Et voilà que la firme de Cupertino nous sort une mise à jour censée faire de Siri l’assistant qu’il aurait dû être dès 2011. On applaudit bien fort, n’est-ce pas ? Mais pendant ce temps, le reste du monde a déjà pris l’ascenseur.
Une « révolution » qui a l’âge du garage
Siri a été présentée le 4 octobre 2011 comme la feature qui allait changer la vie des mortels. On nous promettait un majordome numérique, un truc qui comprend le contexte, qui anticipe. Ce qu’on a eu, c’est un logiciel incapable de distinguer « dis-moi une blague » de « allume la lumière ». Les années ont défilé, les concurrents ont construit de vrais cerveaux, et Apple… a racheté des brevets. Aujourd’hui, pour éviter de sombrer dans l’oubli, la marque à la pomme est obligée de faire appel à ChatGPT, le tout fraîchement intégré en coulisses. Autrement dit, le « génie » pommé ne peut pas créer une IA digne de ce nom, il se raccroche aux basques de son meilleur ennemi. C’est un aveu d’échec déguisé en partenariat. Merci, Tim Cook, pour cette leçon d’humilité involontaire.
On vous vend un patch, vous payez un rein
Le plus croustillant dans cette histoire, c’est le package commercial. Pour goûter au saint Siri 2.0, il ne suffit pas d’avoir un iPhone récent. Non, il faut l’iPhone 15 Pro ou les modèles plus récents, avec la puce « de dernière génération ». Autrement dit, Apple a trouvé le moyen de transformer une mise à jour logicielle en arme de vente de matériel. L’innovation consiste à vous faire raquer 1200 euros pour avoir un résumé de notifications un peu moins débile. Si ce n’est pas du génie du marketing, on ne sait pas ce que c’est. Pendant ce temps, Google et OpenAI offrent gratuitement des performances qui font passer Siri pour un tamagotchi du siècle dernier. On est en train de se faire prendre pour des pigeons, et la queue se forme déjà à l’Apple Store.
Le vrai problème : l’époque s’en fout
Mais au fond, la question n’est pas de savoir si Siri est enfin « mieux ». La question, c’est de savoir qui en a encore quelque chose à foutre. Les assistants vocaux ont été la mode des années 2010, un feu de paille qu’Alexa et Google Home ont transformé en miroir aux alouettes. Les gens en ont eu marre de parler à des boîtiers à l’intelligence consternante. Aujourd’hui, l’IA qui impressionne, c’est celle qui vous rédige un code, qui planifie un voyage, qui génère des images. L’avenir appartient aux agents autonomes, pas à un bouton pourri relégué au bas de l’écran. Apple, encore une fois, arrive après la bataille, une épée en carton entre les mains, en criant « Regardez, je l’ai dit avant tout le monde ! » Non. Personne ne l’a dit avant vous. Vous êtes juste en train de réchauffer un plat que tout le monde a rendu à la cuisine.
La seule chose que Siri sait vraiment faire
Et puisqu’on parle de faits, parlons du seul domaine où Siri surpasse vraiment ses concurrents : la publicité. Apple vous fait croire que la confidentialité est la garantie de l’intelligence. Mais derrière ces beaux discours, on vous rappelle que « Apple Intelligence » traite vos données sur l’appareil, ce qui est bien pratique pour ne pas avoir à payer d’indemnités aux quatre coins du monde. En plus, l’intégration de ChatGPT signifie que vos requêtes partent aussi chez OpenAI. Alors oui, le Siri « privé » est une chimère. Mais bon, c’est pas grave, le consommateur achète une promesse, pas un produit. Et il l’achète cher, comme toujours.
Alors voilà : Siri est enfin « réparé », mais le malade a mis si longtemps à sortir du coma que l’hôpital a été transformé en parking. On n’attend plus le miracle. On est juste là, à regarder Apple faire des pirouettes pour défendre un marché qu’elle a laissé pourrir. Bravo, belle performance. Rendez-vous dans dix ans pour la prochaine « révolution » — on aura probablement d’autres chats à fouetter, et pas des AI, pour le coup.