La 'révolution' du bouton : un prétexte pour vendre du venticiel
Bret Taylor, l'ex-co-PDG de Salesforce, refait surface avec Sierra et son nouveau jouet : Ghostwriter. Le pitch est d'une simplicité désarmante, et d'une arrogance typiquement siliconienne : l'ère du clic est terminée. Finies les interfaces, place à la parole magique. L'utilisateur décrit son besoin, et poof, un agent spécialisé naît, se déploie et exécute. Sierra se présente donc non pas comme un éditeur de logiciels, mais comme un fournisseur d'autonomie à la demande. Trop beau pour être vrai ? Évidemment.
Ghostwriter : l'usine à agents, ou l'usine à dépendance ?
Le concept d'« agent as a service » est un chef-d'œuvre de rhétorique marketing. Il ne s'agit pas de vous donner les outils pour être libre, mais de vous rendre structurellement dépendant de la plateforme Sierra. Chaque agent créé par Ghostwriter est, par définition, un produit dérivé propriétaire, hébergé et contrôlé par Sierra. L'utilisateur ne possède rien. Il loue une commodité, un automate taillé sur mesure pour une tâche précise. Ce modèle transforme chaque problème ponctuel en une opportunité de revenu récurrent pour la startup. Vous ne payez plus une licence, vous payez un service perpétuel pour une fonction que vous pourriez, en théorie, coder vous-même.
Suivez l'argent : la fin des clics, le début des abonnements
Derrière le discours sur la natural language et l'autonomie, le business model est d'une banalité consternante : le SaaS (Software as a Service), mais en plus insidieux. Au lieu de vous abonner à un logiciel complet, vous vous abonnez à une myriade de micro-agents. La promesse de simplicité (« dites-le, c'est fait ») masque la complexité des coûts cachés et la difficulté de migration. Une fois vos processus d'entreprise distribués dans une dizaine d'agents Sierra, comment faites-vous pour partir ? Vous êtes pris au piège de votre propre « efficacité ».
Le mirage de l'autonomie et le retour du vendor lock-in
Taylor, fort de son passé chez Salesforce (le champion du lock-in propriétaire dans le cloud), sait de quoi il parle. Ghostwriter n'est pas la libération de l'utilisateur, c'est son encagement dans un écosystème. L'agent qui « construit d'autres agents » est le parfait cheval de Troie. Il standardise la création sur les infrastructures de Sierra, garantissant que tout ce qui est produit lui appartient, d'une certaine manière. L'ère du clic sur un bouton public peut être révolue, mais elle est remplacée par l'ère de la dépendance silencieuse à une plateforme privée. La révolution, finalement, a surtout l'odeur du vieux vin de l'enfermement client dans des bouteilles neuves étiquetées « IA ».