Deux semaines à écouter une procession de témoins le traiter de serpent à sonnettes, et voilà que le reptile en personne daigne enfin montrer son museau. Sam Altman, le golden boy d'OpenAI, a pris la barre avec la candeur étudiée d'un gamin de Saint-Louis qui aurait égaré son goûter. Son avocat, William Savitt, lui tend la perche : et si on vous accusait d'avoir volé une œuvre de charité ? Réponse du maestro, l'œil humide : « Nous avons créé, à force de travail acharné, cette immense charity, et je suis d'accord qu'on ne peut pas la voler. D'ailleurs, M. Musk a essayé de la tuer. Deux fois. »
Le numéro du « gentil garçon incompris »
Altman a ressorti le costume trois pièces de l'innocence offensée. Sourire crispé, mains qui tremblent devant les classeurs de preuves, petit air de dire « mais pourquoi tout le monde s'acharne sur moi ? ». Un numéro digne d'un Broadway de seconde zone. Pendant qu'il jouait la partition, rappelons les faits : OpenAI a levé des milliards, sa structure à but non lucratif est devenue une plaisanterie fiscale, et Altman lui-même a été viré puis réintégré en novembre 2023 après un putsch éclair. Mais chut, c'est Musk le méchant.
Musk, le bouc émissaire pratique
Bien sûr, pointer du doigt Elon Musk est un classique. Oui, Musk a tenté de bloquer la transition vers le for-profit. Oui, il a traité Altman de tous les noms. Mais réduire l'affaire à une querelle de milliardaires, c'est oublier que derrière, il y a des actionnaires, des clients, et une régulation aux abonnés absents. Altman se pose en martyr, alors que son procès est surtout celui d'une industrie qui confond philanthropie et optimisation fiscale. Le jury, pas dupe, a pris des notes. Le verdict tombera dans quelques jours – mais le vrai gagnant, c'est le cynisme.