Le spectacle de la peur, version premium
Sam Altman, le messie auto-proclamé de l'AGI, a eu sa villa de San Francisco caressée par un cocktail Molotov. L'auteur présumé, un jeune de 20 ans, aurait écrit sur sa terreur de voir la course à l'IA provoquer l'extinction humaine. Deux jours plus tard, récidive devant le domicile. La semaine d'avant, à Indianapolis, un élu local qui soutenait un projet de data center s'est pris 13 balles dans sa porte et un mot : "No Data Centers". L'industrie de l'IA, soudain, découvre qu'elle a des ennemis. Et qu'ils ne viennent pas tous de Twitter.
Le syndrome du château assiégé (avec piscine)
La réaction est immédiate : alarme dans les cercles tech, inquiétude pour la sécurité des "leaders". On parle de "climat de haine", de "violence inacceptable". Évidemment. Attaquer physiquement des personnes est criminel et abject. Mais regardez où va toute l'attention : vers les princes de la tech dans leurs enclaves sécurisées. Pendant ce temps, les communautés qui voient débarquer les data centers — avec leur consommation d'eau phénoménale, leur emprise territoriale, leurs promesses d'emplois locaux souvent bidons —, elles, peuvent bien crever. Leurs résistances, pacifiques, sont traitées de NIMBYisme rétrograde. La violence d'un fou devient le prétexte pour faire taire toute critique.
Suivez l'argent, pas les cocktails
Le vrai scandale n'est pas qu'un déséquilibré s'en prenne à une villa. Le vrai scandale est l'opacité totale, l'impunité écologique et sociale, et le mépris de classe avec lesquels l'industrie de l'IA se déploie. Le data center d'Indianapolis ? C'est pour alimenter la hype de l'IA générative, celle qui promet de tout révolutionner en brûlant l'équivalent énergétique d'un petit pays. Les élus locaux qui résistent sont traités d'obstacles au progrès. Jusqu'à ce que quelqu'un craque et sorte un fusil. Alors, soudain, on écoute. La stratégie est vieille comme le capitalisme : attendre que la violence éclate pour daigner regarder les dégâts.
L'extinction dont personne ne parle
Le jeune accusé a peur de l'extinction humaine. Pathétique, diraient les rationalistes de la Silicon Valley. Pourtant, il pointe du doigt la contradiction mère : une industrie qui vend un futur radieux tout en avouant, dans ses propres documents, qu'elle pourrait causer la fin de tout. OpenAI a un "comité de sécurité" pour gérer les risques existentiels. Mais il n'a pas de comité pour gérer les risques très existentiels, ici et maintenant, de l'exploitation des ressources, de la désinformation à grande échelle ou de la concentration de pouvoir. L'extinction qui les inquiète, c'est la leur. Pas celle des emplois de la classe moyenne, pas celle des paysages, pas celle du débat démocratique.
Conclusion : Ne pleurez pas pour les gourous
Pleurez pour les townships du Midwest transformés en déserts numériques. Pleurez pour les chercheurs indépendants étouffés par les brevets. Pleurez pour une régulation qui arrive à la vitesse d'un escargot face à un tsunami technologique. Les attaques contre Altman sont le symptôme d'une frustration bien plus large, canalisée de la pire manière possible. L'industrie a passé une décennie à mépriser les critiques, à briser les règles, à promettre la lune. Maintenant qu'elle récolte la tempête, elle veut jouer les victimes. Trop tard. La maison brûle. Et ce n'est pas celle de Sam Altman.