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Safer Internet Day 2026 : l'UE en campagne, les géants du web en retrait

Le 10 février 2026 marque la 23e édition du Safer Internet Day, une opération de sensibilisation financée par Bruxelles. Derrière les initiatives locales et les ressources pédagogiques, un constat s'impose : le vrai combat pour la sécurité en ligne se joue ailleurs, loin des journées symboliques.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : EU DIGITAL STRATEGY
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10 février 2026 – Comme chaque année depuis plus de deux décennies, le calendrier européen affiche sa journée dédiée à un internet « plus sûr ». Pour cette 23e édition, le réseau des 31 Centres pour un Internet plus sûr (SICs), cofinancés par l'UE, déploie son arsenal habituel : conférences, interventions dans les écoles, guides à destination des parents et des enseignants.

Une machine bien huilée, un impact limité

Le dispositif est rodé. Le portail Better Internet for Kids (BIK) centralise des centaines de ressources dans toutes les langues de l'Union. Les lignes d'assistance nationales, également financées par Bruxelles, restent actives pour les signalements. La carte interactive des événements permet de localiser une action près de chez soi. L'objectif affiché est clair : sensibiliser les jeunes, outiller les adultes.

Mais cette ritualisation annuelle pose question. L'essentiel des moyens et de la communication repose sur des structures publiques ou associatives, tandis que les principaux architectes de l'expérience en ligne – les GAFAM et les grandes plateformes soumises au Digital Services Act (DSA) – restent largement en retrait de l'opération. Leurs contributions se limitent souvent à un post sur les réseaux sociaux hashtagué #SaferInternetDay.

Le vrai front est réglementaire, pas pédagogique

En 2026, le paysage a changé. Le DSA est pleinement applicable, avec ses obligations renforcées de modération, de transparence des algorithmes et de protection des mineurs pour les très grandes plateformes. La lutte contre les abus sexuels sur enfants en ligne mobilise Europol et des outils de détection controversés.

Dans ce contexte, la journée du 10 février ressemble de plus en plus à un exercice de communication vertueuse, déconnecté des rapports de force réels. La sécurité en ligne ne se décrète pas un jour par an via des guides pédagogiques ; elle se construit par une régulation contraignante, une responsabilisation effective des plateformes et des investissements massifs dans des technologies de protection par défaut.

Les ressources du portail BIK et le travail des SICs sont utiles, mais ils traitent les symptômes en aval. Le cœur du problème – des modèles économiques basés sur l'attention et la data, des interfaces conçues pour captiver – reste largement hors de portée de ces initiatives.

Chiffres clés et sources

L'initiative s'appuie sur un réseau de 31 SICs dans les États membres de l'UE, plus l'Islande, la Norvège et le Royaume-Uni. Le financement provient du programme « L'Europe numérique » (DEP). Le portail BIK, lancé en 2015, est géré par le réseau INSAFE/INHOPE. Ces informations sont publiques sur les sites de la Commission européenne et de BIK.

La journée du 10 février 2026 servira sans doute une nouvelle fois de tribune à des discours consensuels. Mais elle rappelle aussi, en creux, le décalage persistant entre la communication institutionnelle sur la sécurité numérique et les leviers d'action réellement déterminants. Le « safer internet » se joue à Bruxelles, dans les salles d'audition parlementaire et dans les choix de design des applications, bien plus que dans les cinémas et les écoles un jour de février.

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