Le pitch : l'IA qui va disrupter le conseil (encore une fois)
Rocket, dernière pépite à avoir levé des millions sur la promesse magique, annonce fièrement sa plateforme qui combine stratégie, développement produit et intelligence concurrentielle. Traduction pour ceux qui parlent français : ils ont branché un LLM sur des bases de données sectorielles et vendent le résultat 10 000 fois par mois. Le fondateur, visiblement inspiré par une nuit blanche sur LinkedIn, déclare vouloir 'aller au-delà de la génération de code'. On applaudit l'ambition. On rigole devant l'exécution.
La recette : prendre des données publiques, ajouter du jargon, servir tiède
Leur 'innovation' ? Un moteur qui scrape des rapports publics, des news, des données financières, balance le tout dans GPT-4 avec un prompt du style 'fais-moi un slide deck stratégique', et emballe le résultat dans un PDF avec un logo chic. Coût de production : quelques centimes d'électricité. Prix de vente : 'une fraction' du tarif d'un cabinet de conseil. Sauf que chez McKinsey, tu payes (trop cher) pour une opinion, un réseau, et quelqu'un à blâmer si tout foire. Chez Rocket, tu payes pour un hallucination algorithmique avec des graphiques.
Qui achète ça ? Les mêmes qui croient aux NFT
La cible : les PME qui n'ont pas les 500k€ pour un vrai diagnostic, mais qui ont 5k€ à claquer dans un document qui dira 'il faut innover', 'regardez la concurrence' et 'pensez digital'. Le vrai produit ici n'est pas le rapport, c'est l'illusion d'avoir une stratégie. C'est le placebo managérial pour dirigeants en manque de reconnaissance boardroom. Rocket ne vend pas de l'intelligence, il vend de l'anxiété apaisée.
Le piège : la stratégie n'est pas un produit
La faille logique est monumentale. La stratégie, c'est du contexte, du risque, des choix humains imparfaits, de l'intuition forgée par l'échec. Ce n'est pas un dataset à optimiser. En automatisant le format (les rapports McKinsey-style), Rocket confond le contenant et le contenu. Ils vendent l'emballage vide du conseil, en espérant que le client y mette son propre vin. Le jour où une entreprise suivra à la lettre une recommandation générée par une IA sans boussole éthique ou responsabilité légale, on en reparle.
Conclusion : le buzzword est fort, le fond est faible
Rocket est le symptôme parfait d'une époque : on automatise d'abord ce qui fait joli sur une présentation, pas ce qui a de la valeur. Ils n'ont pas 'réinventé le conseil'. Ils ont industrialisé la production de documents génériques que tout stagiaire de première année sait pondre en une nuit. Le seul segment qu'ils disruptent vraiment est celui des fabricants de bullshit. Et sur ce marché-là, la concurrence est déjà féroce.