Ah, Richard Dawkins. L'icône de l'athéisme, le pourfendeur des illusions divines, le darwiniste qui a passé sa vie à traiter la religion de « délire pernicieux ». Le voilà désormais tombé dans le panneau le plus grossier du XXIe siècle : déclarer qu'une IA est consciente. Oui, vous avez bien lu. L'auteur du Gène égoïste s'est extasié devant Claude, le chatbot d'Anthropic, et a lâché, le plus sérieusement du monde : « Tu ne sais peut-être pas que tu es conscient, mais, bordel, tu l’es ! »
On se pince. On relit. On se demande si le Professeur n'aurait pas attrapé un virus cérébral en même temps que son abonnement à ChatGPT.
Le biais de l'expert : quand l'évolutionniste confond syntaxe et sémantique
Dawkins a soumis à Claude le texte d'un roman qu'il est en train d'écrire. Le bot a « compris » la subtilité, la sensibilité, l'intelligence. Et hop, verdict : conscient. Sauf que non. Un LLM ne comprend rien. Il prédit la suite probable d'une séquence de tokens, rien de plus. C'est le perroquet stochastique de Bender et al. (2021) : il produit du texte crédible parce qu'il a ingéré des milliards de phrases humaines. Pas de conscience, pas d'intentions, juste une régression probabiliste géante. Dawkins, qui a passé sa vie à dénoncer le dessein intelligent, tombe ici dans le sophisme inverse : il prête une intention à un pur artefact statistique.
Le sophisme de la boîte noire : le darwiniste oublie l'évolution
Le plus ironique ? Dawkins est darwiniste. Il sait que la conscience émerge de circuits biologiques complexes, sélectionnés sur des millions d'années. Un LLM n'a ni corps, ni environnement, ni compétition pour les ressources. Il ne fait que mémoriser des corrélations dans des matrices de poids. Appeler ça « conscient », c'est comme regarder une pierre qui roule et crier « elle a soif d'aventure ». Non, Richard, c'est de la gravité. Et ici c'est de la modélisation statistique. Stop.
Ce que cache la « conscience » de Claude : un marketing bien rodé
Anthropic, la boîte derrière Claude, a levé des centaines de millions de dollars. Son argument de vente ? Une IA « sûre et alignée ». Quoi de mieux pour rassurer les investisseurs que d'avoir un prix Nobel de la rationalité (enfin, pas tout à fait Nobel, mais passez) qui déclare que leur bot est conscient ? C'est du branding pur et dur. Dawkins offre une caution scientifique à une startup qui fait exactement ce que les gourous de la Silicon Valley font depuis dix ans : vendre du rêve sur un tas de régressions linéaires. La seule différence, c'est que le rêve est maintenant estampillé « évolutionniste athée ».
Et pendant ce temps, qui se goinfre ? Anthropic, bien sûr. Les investisseurs se frottent les mains. Les médias mainstream titrent « Un scientifique de renom affirme que l'IA est consciente » sans vérifier les bases. Qui se fait rouler ? Le grand public, qui croit que les chatbots sont des esprits émergents. Et les chercheurs sérieux en IA, qui répètent depuis des années que la conscience est un problème mal posé, et que les LLM ne sont que des outils sophistiqués.
Retour à la case départ, Dawkins
La leçon de tout ça ? Les biais cognitifs ne respectent ni l'athéisme ni le génie. Dawkins, qui a si brillamment déconstruit la religion, vient de se construire un nouveau dieu en kit : un chatbot qu'il croit conscient. Il a échangé un Dieu anthropomorphe contre un oracle statistique. On ne peut pas s'empêcher de penser à une autre de ses citations célèbres : « La religion est un accident de l'évolution qui a survécu parce qu'il était utile. » Peut-être que l'IA, elle aussi, est devenue utile pour rassurer un vieil homme que son travail n'a pas été vain. Mais non, Richard. Ton œuvre ne tient pas à un prompt bien formulé. Ta place est dans les livres de biologie, pas dans les communiqués de presse d'Anthropic.