Le R1 était une brique orange à 199 dollars qui promettait de remplacer votre smartphone et n'a réussi à remplacer qu'un presse-papier. Deux ans après le fiasco de Las Vegas, Rabbit revient — sans boîtier cette fois. La startup annonce OS3, un « agentic operating system » qui, dixit le communiqué, « tourne dans le cloud mais opère en local » sur Windows, Mac et Linux. Traduction : on a échoué à vendre du plastique, essayons de vendre du logiciel.
Le tour de passe-passe sémantique le plus cher de la décennie
« Dans le cloud mais en local. » Relisez la phrase. C'est de la physique quantique appliquée au marketing. Soit vos données montent sur les serveurs de Rabbit, soit elles restent sur votre machine — prier pour que les deux soit vrai ne relève pas de l'architecture, ça relève de la foi.
Rabbit promet cinq appareils par compte, le choix de vos modèles IA, et une détection automatique des fichiers, apps et outils nécessaires pour accomplir une tâche. Autrement dit : exactement ce que fait déjà un assistant bien intégré, sauf qu'ici c'est une startup qui a brûlé sa crédibilité sur un gadget que The Verge a qualifié de « presque inutile » et que les reviewers du monde entier ont démonté à la chaîne.
Suivez l'argent : le hardware a coulé, le pivot arrive
Rappel des faits. Janvier 2024 : Rabbit débarque au CES avec un « Large Action Model » censé comprendre vos intentions et cliquer à votre place. 100 000 précommandes. 30 millions de dollars levés. Puis les tests tombent : l'appareil rame, l'agent hallucine, la promesse s'évapore. La boîte encaisse, encaisse encore, et découvre soudain les vertus du software-as-a-service.
Le pivot n'est pas une vision. C'est une porte de sortie. Quand on a vendu un objet qui ne tient pas ses promesses, la meilleure façon de garder les investisseurs à bord est de leur vendre une plateforme qui, elle, ne sera jamais jugée sur une table de test. Un agent logiciel, ça se patche. Un agent hardware, ça se retrouve sur LeBonCoin.
L'intégration Telegram, le cache-misère de l'autonomie
Détail croustillant : on accède à OS3 via un site dédié, une appli de messagerie couplée (Telegram, iMessage), ou le R1. Comprenez : le seul moyen vraiment fluide de parler à cet « OS autonome », c'est de passer par une app de chat développée par d'autres. Bravo pour l'indépendance.
Et cette histoire de « modèles IA préférés » ? Traduction brutale : Rabbit n'a pas de modèle. Il sous-traite à OpenAI, Anthropic ou Google, et vous refile la facture. La startup devient un routeur. Un enveloppeur. Un skin. Le rêve de tout fondateur qui n'a plus rien à vendre : être l'intermédiaire entre vous et quelqu'un qui fait vraiment le travail.
La question que personne ne pose
Qui a besoin de ça ? Vous avez déjà un OS. Il s'appelle Windows, macOS ou Linux. Il sait ouvrir des fichiers, lancer des apps, gérer vos comptes. Ce qu'on vous vend, ce n'est pas un système d'exploitation, c'est une couche de plus — un métamédiateur qui va lire vos fichiers, scruter vos habitudes, et transmettre le tout à des modèles propriétaires dont vous ne verrez jamais les logs.
« Agentique » est le mot de 2025. Il ne veut rien dire. Il sert à facturer. Et pendant que la Silicon Valley encense ses propres slides, l'utilisateur, lui, se demande toujours comment désinstaller la dernière lubie d'une startup qui a confondu hypes et livraisons.
Rabbit a raté son R1. Il n'y a aucune raison rationnelle de lui confier cette fois votre bureau entier.