On savait que les datacenters IA étaient des gouffres énergétiques et des machines à cash pour les promoteurs. On ne savait pas qu'il fallait un comédien pour rappeler aux élus du Wisconsin qu'ils sont censés défendre leurs électeurs, pas les bilans des fonds d'investissement.
L'histoire est simple. Vantage Data Centers, un développeur californien, débarque à Port Washington (13 000 habitants, 30 minutes au nord de Milwaukee) avec un projet de campus de 1,3 GW sur 1 900 acres. Coût annoncé : 8 milliards de dollars. Promesses : des milliers d'emplois temporaires de chantier, peut-être 1 000 emplois permanents (peut-être, car c'est du conditionnel, pas des garanties).
Le greenwashing à la sauce Vantage
Le communiqué de presse – évidemment – vante une alimentation 100 % zéro émission grâce au solaire, à l'éolien et au stockage par batteries. Traduction : on va pomper le réseau local, construire des centrales solaires sur des terres agricoles déjà rares, et faire payer l'addition aux contribuables via des incitations fiscales juteuses. Combien ? Les sources locales parlent de plusieurs centaines de millions d'abattements sur les taxes foncières et d'exonérations diverses. Personne ne dit le montant exact – mais ce n'est pas un comédien qui va exiger la transparence que les journalistes locaux n'ont pas su obtenir.
Les habitants, eux, ont d'abord été informés par… des messages sur les réseaux sociaux adressés à Charlie Berens, star locale du journalisme transformé en humoriste (sa série Manitowoc Minute). Ironie : c'est le type qui fait rire sur le Midwest qui doit faire le travail d'enquête que les conseils municipaux et la presse régionale ont laissé filer.
Des emplois ? Oui, mais pour qui ?
La litanie des promesses d'emplois est un classique. Vantage promet 1 000 postes permanents – mais pour un campus de 1,3 GW, c'est ridiculement faible. À titre de comparaison, une usine automobile de taille moyenne emploie 2 000 à 3 000 personnes pour un investissement moindre. Un datacenter, une fois construit, fonctionne avec une poignée d'ingénieurs et des techniciens de maintenance. Les vrais emplois, ce sont les emplois temporaires de construction : 2 000 à 3 000 pic, selon le promoteur. Une fois le dernier câble posé, c'est fini. Port Washington aura ses 13 000 habitants, plus 1 000 nouveaux voisins aux salaires pas forcément locaux, et verra sa consommation d'eau exploser – refroidissement oblige – dans une région qui connaît déjà des tensions sur les nappes phréatiques.
Qui négocie pour les gens ? Personne
Charlie Berens le dit lui-même dans une interview : « Personne ne négocie pour les gens ici. » Les élus locaux, obnubilés par la promesse de recettes fiscales (avant les abattements), laissent Vantage dicter les termes. Les citoyens n'ont eu que des réunions publiques tardives, des documents bâclés, et le sentiment que leur avenir se décide dans des backrooms avec des lobbyistes. Pendant ce temps, les grands médias nationaux (et même le Guardian, qui a publié l'histoire originale) titrent sur l'humoriste, pas sur le scandale démocratique.
Le vrai problème n'est pas Charlie Berens. Le vrai problème, c'est qu'il faille un comédien pour sortir les crotte-de-nez de leur torpeur. Et pendant ce temps, Vantage Data Centers empoche les subventions, les promesses de terrains et la bénédiction des chambres de commerce. Bienvenue dans l'IA : l'innovation, c'est de prendre l'argent des contribuables pour chauffer des serveurs.