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PsiQuantum : un réfrigérateur géant pour faire de la lumière quantique

PsiQuantum promet un ordinateur quantique à photons d'ici 2029. En attendant, ils empilent 450 millions de dollars de levées et 100 frigos géants. La lumière est belle, mais le bling-bling encore plus.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : MIT TECHNOLOGY REVIEW
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Imaginez une machine censée changer le monde. Maintenant, imaginez la même machine logée dans un hangar qui ressemble à un croisement entre un datacenter et une usine de glace. C'est le pitch de PsiQuantum : 100 armoires en acier inoxydable, de l'hélium liquide pour frôler le zéro absolu, le tout pour fabriquer un ordinateur quantique à base de photons (des particules de lumière). Sauf que depuis que l'informatique quantique existe, on nous promet la lune avec des promesses en papier d'aluminium. Retour sur un mirage bien emballé.

La machine à hype

PsiQuantum fait les gros titres depuis 2024 avec ses levées de fonds à faire pâlir un banquier suisse : 450 millions de dollars en Series D, auxquels s'ajoutent des contrats gouvernementaux juteux (le DARPA, la NASA...). Leur argument ? Un million de qubits physiques d'ici 2029. Problème : en 2025, ils n'ont toujours pas montré un seul qubit qui fonctionne plus de quelques microsecondes. Leur seule démonstration publique, c'est un 'système complet' dans un labo, mais les portes logiques quantiques avec des photons sont notoirement difficiles à stabiliser. On est loin de la suprématie quantique. Mais qui a besoin de preuves quand on a un carnet de chèques ?

L'usine à gaz quantique

Regardons de plus près le décorum décrit par les communicants : '100 cabinets en acier inoxydable de 2 mètres de haut, connectés à de l'hélium liquide'. Traduction : une facture énergétique stratosphérique et une maintenance digne d'une centrale nucléaire. Pendant ce temps, IBM aligne déjà des processeurs à 433 qubits (Osprey) et vise 1000 qubits en 2024 – chose faite en 2023 avec Condor. Google, de son côté, a démontré une suprématie quantique (certes discutable) dès 2019. PsiQuantum, lui, en est encore à faire des simulations sur des supercalculateurs classiques pour valider ses designs. Ironique pour une boîte qui prétend 'changer le monde'.

L'argent, l'argent, l'argent

Qui se goinfre ? Le CEO Jeremy O'Brien, un ancien académicien d'Oxford, et son CTO Mark Thompson. Derrière, des investisseurs comme BlackRock (le plus grand gestionnaire d'actifs au monde) et des fonds souverains. Curieux, non ? Peut-être qu'ils misent sur un futur classique : la revente de brevets ou la location de machines prototypes à des labs gouvernementaux. En attendant, l'actionnaire privé (vous ?) ne verra jamais ces millions. C'est le même schéma que les startups blockchain : on vend du rêve avant même d'avoir un produit.

Et la lumière dans tout ça ?

Les photons ont un avantage théorique : ils sont peu sensibles au bruit et peuvent fonctionner à température ambiante. Sauf que PsiQuantum les refroidit à −273°C (via hélium) pour que leurs détecteurs supraconducteurs fonctionnent. Donc en fait, ils gâchent l'avantage principal. Leur roadmap ? Un premier système 'fiable' en 2027. Vous repasserez pour la révolution.

Au final, PsiQuantum nous vend un frigo géant avec des lasers dedans. Si vous voulez vraiment changer le monde, commencez par arrêter de gober les communiqués de presse. Et si Jeremy O'Brien lit cet article : montrez-nous un graphique de rendement de porte logique, pas un rendu 3D de votre prochaine usine à gaz.

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