Le tribunal de San Francisco s'apprête à trancher ce que des années de tweets et de podcasts n'ont pas réussi à départager : qui, d'Elon Musk ou de Sam Altman, est le plus grand charlatan de l'histoire récente de la tech ? Neuf jurés, probablement déjà traumatisés par la quantité de messages privés déversés, devront décider si OpenAI a effectivement “volé une association caritative” – comme si le mot “charité” avait encore un sens dans la bouche de deux types dont la fortune cumulée dépasse le PIB de la moitié des pays du monde.
Les débats, qui s'achèvent ce lundi, ont offert un spectacle aussi édifiant qu'un accident de voiture au ralenti. Des textos, des emails, des journaux intimes – oui, des journaux intimes – ont été exhibés pour prouver que l'autre est un menteur. On a même eu droit à une apparition de Satya Nadella, le PDG de Microsoft, venu visiblement pour sauver les meubles d'un investissement qui sent déjà le roussi. Et Shivon Zilis, la mère de certains des enfants de Musk, a défilé comme un témoin de moralité. Du jamais-vu depuis les derniers épisodes de Succession.
Un déballage qui sent le soufre
Des centaines de textos échangés entre Musk et Altman ont été rendus publics. On y découvre que les deux hommes se traitaient en “frères” avant de se haïr cordialement. Musk : “Je te fais confiance, Sam.” Altman : “Je te dois tout, Elon.” Belle amitié – jusqu'à ce que l'argent et le pouvoir s'en mêlent. Les avocats ont passé des heures à disséquer chaque message, comme des exégètes d'une secte techno-libérale. Résultat : les deux parties s'accusent mutuellement de parjure, de manipulation et de détournement de fonds. Rien que du classique.
Le point d'orgue ? La fameuse “lettre d'intention” de 2015 qui, selon Musk, aurait promis qu'OpenAI resterait une organisation à but non lucratif. Altman, lui, jure que cette lettre était juste un “document de travail” – comprenez : un bout de papier qui ne vaut pas plus que le papier toilette qu'il utilise. Le tribunal devra décider quel récit est le plus crédible. Bon courage.
Le casting des témoins : une cour des miracles
Satya Nadella a déposé en visioconférence, l'air de dire “pourquoi moi ?”. Il a confirmé que Microsoft avait investi 13 milliards de dollars dans OpenAI, mais a refusé de commenter les détails de la gouvernance. Traduction : “Je ne veux pas me mouiller, j'ai assez de problèmes avec la FTC.” Shivon Zilis, la mère des jumeaux de Musk, a tenté de le dépeindre comme un père attentionné – mais sous serment, elle a admis qu'il n'était pas très présent. Quand même.
Et puis il y a eu le duel tant attendu : Musk à la barre, se présentant en défenseur de l'humanité contre l'IA maléfique. Altman, plus lisse que jamais, jouant la carte du startupeur mal compris. Le juge a dû les interrompre à plusieurs reprises pour qu'ils cessent de se lancer des vannes. On n'était pas loin du pugilat.
Au fond, qui sont les vrais gagnants ?
Les avocats, bien sûr. Ce procès, c'est une machine à cash pour les cabinets juridiques. Les deux camps ont déjà dépensé des dizaines de millions en honoraires. Pendant ce temps, OpenAI continue de développer GPT-5, avec ou sans la bénédiction des tribunaux. Musk, lui, a lancé x.AI et son chatbot Grok, qui n'a encore convaincu personne. Tout ça pour ça.
Que retiendra-t-on de cette comédie judiciaire ? Que le capitalisme tardif transforme les conflits idéologiques en querelles de cour de récréation. Que les milliardaires sont prêts à tout pour garder la mainmise sur la technologie la plus disruptive depuis Internet. Et que, comme toujours, ce sont les contribuables – oui, vous – qui paieront la facture finale, sous forme d'une IA encore moins régulée et encore plus dangereuse.
Le verdict est attendu dans les prochains jours. Mais soyons honnêtes : peu importe le résultat, le vrai perdant, c'est nous.