Le jackpot du fonctionnaire éclairé
Emil Michael n'est pas un trader ordinaire. C'est le sous-secrétaire à la Recherche et à l'Ingénierie du Pentagone, nommé sous Trump et toujours en poste. Sa mission officielle ? Superviser les efforts du département de la Défense en matière d'intelligence artificielle et pousser à son adoption massive. Sa mission officieuse, si l'on en croit les registres d'éthique gouvernementaux publiés ce mois-ci : transformer un investissement privé dans xAI, la start-up IA d'Elon Musk, en un petit pactole de jusqu'à 24 millions de dollars de profit. La cerise sur le gâteau ? Son stake valait au maximum un million de dollars quand il a rejoint l'administration. Pas mal comme retour sur investissement.
Négocier avec la main gauche, vendre avec la droite
Le détail qui pique ? M. Michael est précisément l'homme qui surveille les négociations du Pentagone avec les entreprises d'IA. Il a été le fer de lance de la poussée du DoD pour « augmenter rapidement l'utilisation généralisée de l'IA ». Et devinez avec quelle entreprise le Pentagone a conclu un accord ? Bingo : xAI. La chronologie est un chef-d'œuvre de précision : l'administration signe un pacte avec la boîte de Musk, et peu après, notre haut fonctionnaire vend ses parts pour une somme qui ferait pâlir d'envie n'importe quel hedge fund manager.
La loi ? Un concept flou pour les initiés
Des experts pointent du doigt une petite formalité : la loi fédérale interdit aux officiels de prendre des mesures dans l'exercice de leurs fonctions qui bénéficient à leurs propres intérêts financiers. C'est le principe de base de la lutte contre les conflits d'intérêts. Mais visiblement, quand on pilote la politique IA de la première armée du monde et qu'on détient des parts dans l'une de ses futures fournisseurs, cette notion doit sembler un peu... abstraite. On appelle ça du « timing de marché exceptionnel ». Les moins charitables parleraient de délits d'initiés.
L'éthique, nouvelle frontière de l'IA militaire
Pendant que les think tanks débattent des risques existentiels de l'IA et que les comités d'éthique se crêpent le chignon sur les robots tueurs, le vrai scandale éthique se joue dans des bureaux lambrissés de Washington. Ici, l'intelligence la plus dangereuse n'est pas artificielle, elle est tout à fait humaine et motivée par le profit. Le Pentagone veut une IA « responsable et éthique ». Il pourrait commencer par appliquer ces principes à sa propre hiérarchie. La défense nationale n'est pas un fonds d'investissement, et ses dirigeants ne sont pas censés être des venture capitalists déguisés.
Qui surveille les surveillants ?
La question qui brûle les lèvres : qui, au sein de l'immense appareil de défense américain, a validé cette situation ? Qui a jugé normal qu'un homme en charge de distribuer les contrats ait une fortune personnelle suspendue aux performances des entreprises avec lesquelles il traite ? L'affaire Emil Michael n'est pas une anomalie, c'est le symptôme. Le symptôme d'une porosité maladive entre le complexe militaro-industriel et le complexe techno-financier, où les mêmes personnes font tourner la roue du pouvoir et du fric. Le prochain contrat IA du Pentagone, on parie qu'il sera aussi très, très rentable pour certains portefeuilles bien placés ?