Ah, la belle époque du 'please don't scrape' inscrit en lettres timides dans un fichier robots.txt. Comme si demander poliment à une horde de scrapers IA affamés de ne pas toucher à vos œuvres avait la moindre efficacité. Patreon, plateforme de financement participatif pour créateurs, vient enfin de comprendre que la gentillesse ne paie pas quand il s'agit de protéger des contenus sur lesquels des milliers de gens gagnent leur croûte. Annonce officielle : ils s'associent à Cloudflare pour bloquer activement les bots d'IA qui pompent sans autorisation les créations des utilisateurs. Fin de l'ère du please, bonjour le no entry.
Cloudflare : le méchant de service devient le garde du corps
Patreon déploie les mécanismes de détection et de blocage de Cloudflare pour empêcher les scrapers IA d'accéder aux contenus. Concrètement, ils utilisent des techniques comme l'analyse comportementale, les listes noires d'adresses IP et la détection de headless browsers. Fini le bon vouloir, place à la force brute algorithmique. Mais ironie : Cloudflare est lui-même un acteur massif de l'infrastructure web qui a permis à des milliards de requêtes de passer pendant des années. Un peu comme si un gardien de prison se vantait de verrouiller la porte après que tous les détenus se sont évadés. Cloudflare fournit aussi des services à des startups IA qui utilisent précisément ces données volées pour entraîner leurs modèles. Conflit d'intérêts ? On vous laisse juger.
Combien de millions d'images déjà aspirées par l'IA ?
Pendant des années, des entreprises comme Midjourney, Stability AI, OpenAI ont aspiré sans vergogne des millions d'images et de textes créés par les utilisateurs de Patreon. Ces contenus, souvent payants ou exclusifs (patrons tiers, tutoriels, art numérique), ont nourri des modèles génératifs sans un centime de compensation pour les auteurs. Aujourd'hui, Patreon réagit. Trop tard ? Le mal est fait, les modèles sont déjà entraînés. Les millions de dollars que ces entreprises ont levés (et gagnés) sont partis dans les poches des actionnaires et des fondateurs. Les créateurs, eux, n'ont que des miettes – et encore, s'ils ont eu la bonne idée d'utiliser des outils de désactivation comme Glaze ou Nightshade. Ce blocage est une rustine sur une fuite colossale déjà colmatée par du béton armé.
Qui va payer pour la fête ?
Les créateurs, bien sûr. Ce sont eux qui depuis des années voient leur travail aspiré sans consentement. Les plateformes comme Patreon ont profité de la viralité sans se soucier des conséquences. Aujourd'hui, elles dépensent de l'argent (via Cloudflare, facturé au client) pour protéger ce qui reste. Mais combien de créateurs ont déjà perdu des revenus à cause de l'IA ? Combien de modèles concurrents ont été entraînés sur leur travail ? Les chiffres ne sont pas publics, mais on peut parier que les GAFAM et les startups IA ont déjà engrangé des bénéfices colossaux en utilisant ces données comme carburant gratuit. Patreon n'aura que les miettes de la publicité autour de ce « durcissement » tardif. Belle opération de com, mais la caisse est vide.
Une leçon pour tous les 'tech optimists'
Rappel : en 2022, Patreon utilisait encore robots.txt comme unique barrière. Il aura fallu deux ans, des procès en pagaille (Getty Images, NYT, etc.) et une pression publique suffocante pour qu'ils passent à l'action. On se demande combien d'autres plateformes continuent de faire confiance à un fichier texte que tout scraper un minimum malhonnête ignore. Susanoo News vous le dit : la politesse numérique est morte. Vive les blocklists, les captchas, les rate limits et les poursuites judiciaires. En attendant, les créateurs peuvent remercier Patreon d'avoir enfin fermé l'étable alors que les chevaux sont déjà dans la campagne. Bravo, les gars. Et maintenant, on fait quoi des IA qui tournent déjà sur le dos de ces milliers d'œuvres volées ? Rien. On attend la prochaine rustine.