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Palantir s'installe dans le canapé du régulateur britannique

Le FCA, le gendarme financier britannique, vient d'ouvrir ses coffres les plus sensibles à Palantir, la boîte de data d'Alex Karp. Officiellement, c'est pour traquer la fraude. En réalité, c'est un nouveau pied dans la porte d'un État qui ne sait plus dire non.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : THE GUARDIAN AI
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Le régulateur en mode 'open bar' data

Nouveau round, même combat. Palantir, l'entreprise américaine fondée par Peter Thiel et spécialisée dans l'analyse de données de masse pour les agences de renseignement, vient de décrocher un nouveau contrat juteux au Royaume-Uni. Cette fois, ce n'est pas le NHS (la santé) ou le ministère de la Défense, mais la Financial Conduct Authority (FCA), le régulateur des marchés financiers. L'annonce, révélée par le Guardian, est présentée comme une avancée technologique pour lutter contre la criminalité financière. En langage Susanoo, cela s'appelle donner les clés du coffre-fort à un expert en effraction, sous prétexte qu'il sait mieux où chercher.

Fraude, blanchiment, délit d'initié : le menu du jour

Le contrat est simple : Palantir va pouvoir analyser les données de renseignement internes du FCA. On parle donc d'informations sur la fraude, le blanchiment d'argent, le délit d'initié. Des données ultra-sensibles sur les acteurs des marchés, leurs transactions, leurs réseaux. Le FCA, visiblement convaincu que ses propres analystes ne suffisent plus, externalise son cerveau analytique. La promesse ? Détecter des schémas criminels invisibles à l'œil humain. Le risque ? Confier la surveillance du système à une entreprise privée dont le business model est la surveillance de masse.

L'État britannique, client fidèle malgré les cris d'alarme

Ce qui est frappant, c'est la régularité métronomique avec laquelle Palantir empoche des contrats publics britanniques. Malgré les campagnes répétées des groupes de défense des libertés civiles comme Foxglove, qui dénoncent l'opacité et les risques d'abus, les portes continuent de s'ouvrir. Le NHS, le MOD, maintenant le FCA. Chaque contrat est justifié par une 'urgence' (la pandémie, la sécurité nationale, la fraude financière) et présenté comme une expérience limitée. Mais empilées les unes sur les autres, ces 'expériences' dessinent une infrastructure de surveillance permanente, construite pièce par pièce, sans débat démocratique d'ensemble.

Qui garde les gardiens ? (Spoiler : Palantir)

La question centrale, que le communiqué du FCA évite soigneusement, est celle du contrôle. Qui surveille les algorithmes de Palantir ? Qui audite leurs biais, leurs conclusions, leurs 'faux positifs' qui pourraient ruiner des carrières ou des entreprises ? Quel cadre juridique protège ces données une fois ingérées dans les entrailles de Gotham ou Foundry, les plateformes propriétaires de Palantir ? Le régulateur, censé être le gardien de l'intégrité du marché, devient un simple client d'un fournisseur de technologie dont les méthodes sont aussi secrètes que puissantes. Une jolie inversion des rôles.

La stratégie du caméléon : de la guerre au terrorisme... à la fraude à la carte bleue

Palantir a brillamment réussi son pivot marketing. Née dans le giron du renseignement militaire américain (CIA, Pentagon), l'entreprise a progressivement étendu son discours à la 'data for good' : optimiser les chaînes logistiques, lutter contre la pandémie, et maintenant, protéger les épargnants. Le produit est le même. La philosophie aussi : une vision panglossienne où plus de données traitées par une intelligence supérieure (la leur) résoudra tous les problèmes. Sauf que le problème de la fraude financière est souvent un problème de régulation laxiste et de moyens humains, pas un problème de puissance de calcul. Donner plus de données à Palantir, c'est peut-être juste lui donner plus de pouvoir.

Le Royaume-Uni, en quête désespérée de souveraineté technologique post-Brexit, semble avoir choisi son champion : une firme américaine opaque, controversée, et dont le fondateur a des opinions politiques qui feraient rougir un troll de 4chan. Le contrat avec le FCA n'est pas une anomalie. C'est la nouvelle normalité. Et personne, dans les couloirs du pouvoir, n'a l'air de vouloir poser la seule question qui vaille : à qui profite le crime... de données ?

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