Alex Karp, le gourou en survêtement de Palantir, a trouvé une nouvelle façon de faire rire la planète tech : engranger un milliard de dollars de profit sur un trimestre, puis déclarer que les laboratoires d'IA frontière sont « trop marxistes » pour être dignes de confiance. On a connu plus subtil comme pivot rhétorique.
Le milliard qui rend aveugle
Lundi, Palantir a publiquement affiché des résultats qui feraient pâlir n'importe quel banquier suisse : un milliard de dollars de profit net en un seul trimestre. C'est propre, net, sans bavure. Mais à peine les chiffres digérés, le très philosophe CEO a ressorti sa rengaine préférée : les frontier labs seraient trop dangereux, trop peu fiables pour les entreprises. Et, détail croustillant, il les qualifie de « marxistes ».
On se pince. Le même Alex Karp qui a bâti sa fortune sur des contrats gouvernementaux opaques, sur la surveillance de masse et sur une technologie dont personne ne comprend vraiment les algorithmes, ose donner des leçons de morale économique. Marxiste, lui ? Les marxistes prônent la propriété collective des moyens de production. Palantir, elle, privatise les données de milliards d'individus et les vend au plus offrant, qu'il s'agisse de la CIA ou du ministère de la Défense. Si c'est ça, le marxisme, alors la chambre de commerce de Moscou doit être dirigée par Trotski.
La paille et la poutre de la défiance
Karp justifie sa méfiance par des histoires de fuites de données, de modèles incontrôlables, de biais algorithmiques. Soit. Mais Palantir, c'est quoi ? Un outil de profilage qui a servi à déporter des migrants sous l'administration Trump, à traquer des suspects sans mandat, à modéliser des frappes militaires façon jeu vidéo. Et on viendrait nous parler de fiabilité ?
Le vrai sujet n'est pas la confiance. C'est l'argent. Palantir voit dans les labs d'IA la concurrence directe sur le marché lucratif des logiciels d'analyse. En criant au loup, Karp essaie surtout de freiner l'adoption d'outils concurrents, tout en positionnant sa propre plateforme comme la seule « safe » pour les entreprises. Une stratégie commerciale classique, maquillée en croisade morale. Mais le déguisement est trop petit, et ça se voit.
Capitalisme, mensonges et survêtements
Le summum du cynisme ? Karp lui-même est multimilliardaire, et son entreprise est dopée aux contrats publics et aux largesses de l'État-providence pour la tech. Pas un mot sur le fait que Palantir a bénéficié de crédits d'impôt, de contrats sans appel d'offres, de l'aide discrète des gouvernements. Non, le vrai danger pour l'économie de marché, c'est OpenAI qui vend des abonnements à 20 dollars par mois.
Alors, messieurs les dirigeants, arrêtez de nous prendre pour des jambons. La défiance n'est pas une posture philosophique, c'est une barrière à l'entrée. Et quand le principal lobbyiste de la surveillance de masse joue les gardiens du temple de l'IA, on est en droit de se demander qui protège réellement nos données : votre profit, ou leur pouvoir ?
Une chose est sûre : avec un milliard en banque, Karp peut s'acheter autant de survêtements qu'il veut. Mais il ne pourra jamais s'acheter une once de crédibilité.