Jeudi, OpenAI a ouvert les vannes de ChatGPT Health à tous les Américains. Fini le temps où il fallait supplier une startup de vous donner accès à son jouet thérapeutique : désormais, vous aussi pouvez confier vos antécédents médicaux et vos données de fitness à un chatbot qui, selon sa vice-présidente santé Ashley Alexander, « raisonne à des niveaux supérieurs à ceux des cliniciens ». Ah bon ? Parce que, dans le monde réel, un médecin qui balance des affirmations aussi tonitruantes sans une once de preuve se ferait rembarrer par son ordre. Mais chez OpenAI, on aime les effets d'annonce plus que les essais cliniques.
Des miracles cliniques ? Voyons les preuves
Quand on presse Karan Singhal, le lead santé d'OpenAI, il se met à « tempérer » la déclaration de sa collègue. Eh oui, soudainement, « il y a eu des études individuelles qui ont pointé... » — pointé quoi, exactement ? Aucune référence, aucun chiffre, juste des vagues promesses de résultats dans des conditions de laboratoire triées sur le volet. On connaît la chanson : un test sur 50 cas d'otite moyenne avec un prompt bien ficelé, et hop, on déclare l'IA meilleure que le Dr House. Mais en pratique, combien de diagnostics erronés pour un patient réel ? Combien de fautes de raisonnement quand le contexte est complexe ? Le silence assourdissant d'OpenAI sur ces questions en dit long.
Le business du dossier médical
Derrière ce déploiement en fanfare, il y a surtout une donnée qui intéresse bien plus que la santé des Américains : les milliards de données médicales qui vont s'engouffrer dans les serveurs d'OpenAI. En échange de la promesse d'un diagnostic plus rapide, vous offrez à Sam Altman et ses actionnaires un accès à vos analyses, vos traitements et vos fragilités. Et on sait comment ces données sont traitées : flou juridique, partenariats avec des assureurs, revente à des labos pharmaceutiques. Le « bien-être du patient » est un joli slogan marketing pour masquer la monétisation de vos organes numériques.
Un remède de cheval pour une IA malade
OpenAI nous ressert le même argument que pour ses précédentes révolutions : « nos modèles sont meilleurs que les humains ». On a entendu ça avec GPT-4 pour la programmation, puis pour le droit, et maintenant pour la médecine. Sauf que, comme le rappelle le récent scandale des hallucinations médicales de ChatGPT (rapportez un diagnostic, et le chatbot invente des maladies exotiques), l'IA générative reste une machine à faire des phrases plausibles, pas à faire de la médecine responsable. Un clinicien humain peut être tenu pour responsable de ses erreurs ; une boîte noire dopée aux tokens, non. Pendant ce temps, la FDA regarde ailleurs, les régulateurs européens trinquent un café, et les patients fournissent leurs données — gratuitement.
Alors, oui, ChatGPT Health est disponible. Mais avant de lui confier votre tension artérielle, souvenez-vous : OpenAI veut vos données, pas votre santé. Et si vraiment l'IA était supérieure aux médecins, pourquoi les dirigeants de la boîte continuent-ils à consulter des humains pour leurs propres migraines ? La réponse est aussi simple qu'un bon vieux diagnostic : le fric.