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OpenAI sort sa tirelire socialiste après avoir vidé la nôtre

Les mêmes qui ont précipité la disruption du marché du travail avec des modèles coûtant des milliards à entraîner nous proposent maintenant la taxation et les fonds souverains comme solution. Le cynisme atteint des sommets stratosphériques, juste à côté de leur valorisation.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : TECHCRUNCH AI
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Le remède après le poison, facturé à prix d'or

OpenAI, la start-up valorisée à plus de 80 milliards de dollars après avoir siphonné des investissements massifs et déclenché une course à l'armement IA, a soudainement découvert les vertus de la redistribution. Leur dernier rapport, un mélange indigeste de wishful thinking politique et de mea culpa anticipé, propose ni plus ni moins que des taxes sur les profits de l'IA, des fonds souverains publics alimentés par ces mêmes profits, et la sacro-sainte semaine de quatre jours. Le timing est impeccable : juste au moment où les régulateurs commencent à serrer la vis et où le public réalise que 'l'intelligence générale' pourrait surtout généraliser le chômage.

La redistribution, dernier bastion du capitalisme de rupture

Leur raisonnement est un chef-d'œuvre de double pensée. D'un côté, ils vendent aux entreprises une automatisation tous azimuts, promettant des gains de productivité mirobolants. De l'autre, ils suggèrent aux États de taxer ces gains pour réparer les dégâts collatéraux – les emplois détruits, les secteurs dévastés. Ils vendent la scie et le service de secours. Le modèle est simple : privatiser les bénéfices de la disruption, socialiser ses coûts. Sauf que cette fois, ils ont l'audace de le formaliser dans un rapport avant même que la facture sociale n'arrive.

Qui paiera vraiment la note ? Spoiler : pas eux

Parlons de cette fameuse 'taxe robot'. Dans leur scénario idyllique, les entreprises dégageant d'énormes profits grâce à l'automatisation IA verraient une partie de ces profits siphonnés vers un fonds public. Charmant en théorie. Dans la pratique, qui croit sérieusement que Microsoft, Google, Meta – ou OpenAI lui-même via ses futurs produits – vont se laisser faire ? L'histoire récente de la fiscalité tech est un long récit d'optimisation agressive, de sièges sociaux à Dublin, et de redevances vers les paradis fiscaux. Proposer une taxe sans un plan coercitif mondial, c'est comme proposer un parapluie en papier dans un ouragan.

La semaine de quatre jours, ou l'art de faire passer la réduction de la masse salariale pour un progrès social

Le plus savoureux reste la promotion de la semaine de quatre jours comme conséquence 'naturelle' de la productivité accrue. Ne vous y trompez pas : dans la logique d'OpenAI, il ne s'agit pas de donner plus de temps libre aux travailleurs. Il s'agit de gérer la sous-emploi massif en répartissant le peu de travail humain restant. C'est un amortisseur social déguisé en avantage. Et devinez qui définira la 'productivité suffisante' justifiant cette réduction ? Les mêmes systèmes d'IA qui auront éliminé les postes en premier lieu. La boucle est bouclée.

Le fonds souverain : le cache-misère de l'appropriation des données

L'idée d'un fonds souverain financé par l'IA est la cerise sur le gâteau de l'hypocrisie. Ces modèles, rappelons-le, ont été entraînés sur des océans de données publiques et privées, collectées sans compensation – nos écrits, nos images, notre travail créatif, nos interactions. Maintenant qu'ils en extraient de la valeur, on nous propose un fonds qui en redistribuerait une infime partie. C'est le vol à l'étalage transformé en philanthropie. Ils prennent le bien commun, le monétisent à une échelle sans précédent, et se présentent ensuite comme les architectes bienveillants d'un système qui en rendrait les miettes.

Conclusion : ne laissez pas les pyromanes diriger les pompiers

Le rapport d'OpenAI n'est pas une vision. C'est un exercice de relations publiques préemptif. C'est le signe qu'ils savent que le backlash social et réglementaire arrive, et qu'ils tentent d'en cadrer les termes. Le danger n'est pas dans leurs propositions – certaines méritent débat. Le danger est dans l'idée que ceux qui ont créé le problème, qui en ont profité le premier, et dont le modèle économique repose sur une disruption accélérée, devraient dicter les solutions. La discussion sur l'économie de l'IA doit se tenir, mais pas dans les termes polis et auto-servants d'un think tank financé par ceux qui ont le plus à gagner au statu quo. Elle doit se tenir dans la rue, dans les parlements, et en tenant pour responsables les entreprises qui, aujourd'hui, proposent des rustines pour un système qu'elles s'évertuent à faire sauter.

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