Le recyclage des golden boys de l'IA
Dans la Silicon Valley, quand on a surfé sur la vague d'une licorne, on ne se contente pas de regarder les autres se baigner. On ouvre un fonds. C'est la logique implacable derrière Zero Shot, cette nouvelle entité de capital-risque qui n'a de 'nouveau' que le nom sur le site web. Ses promoteurs ? Un ramassis d'anciens d'OpenAI qui ont compris que le vrai jackpot n'était pas dans les modèles, mais dans le fait de parier sur ceux des autres avec l'argent des Limited Partners.
100 millions de dollars pour acheter quoi, au juste ?
L'objectif affiché est de lever 100 millions de dollars pour un premier fonds. Le pitch est cousu de fil blanc : 'Nous avons été au cœur de la révolution, nous savons repérer les vrais talents.' Traduction : nous avons un carnet d'adresses bien garni et un accès privilégié aux startups qui espèrent un peu de la magie ChatGPT par osmose. Les premiers chèques sont déjà signés, dans un silence médiatique qui en dit long sur la volonté de ne pas éveiller les soupçons des régulateurs sur les potentielles violations de clauses de non-concurrence ou de conflits d'intérêts.
La stratégie : capitaliser sur la marque, sans en porter le risque
Le jeu est subtil. Officiellement, Zero Shot est indépendant. Dans les faits, c'est un véhicule permettant aux alumni d'OpenAI de monétiser leur passage dans la maison-mère, en utilisant leur réseau et leur expertise (réelle ou supposée) comme levier d'investissement. C'est le modèle classique du 'revolving door' appliqué à la tech : on fait son temps dans le géant, on en sort avec un carnet, et on se recycle en chasseur de primes, pardon, en venture capitalist. L'argent des LP servira à financer des startups qui, par un heureux hasard, seront probablement construites sur l'infrastructure OpenAI ou dans son écosystème direct, consolidant ainsi l'hégémonie de la firme tout en faisant croire à un paysage diversifié.
Qui sont les vrais gagnants ?
Les Limited Partners qui misent sur ce fonds parient sur la capacité d'un petit groupe à identifier la prochaine pépite. Les anciens d'OpenAI, eux, empochent des frais de gestion sur 100 millions et se construisent un joli petit empire d'influence. Les perdants ? Les startups qui pensent avoir affaire à de simples investisseurs, alors qu'elles intègrent en réalité un réseau d'intérêts complexes où l'information et les loyautés seront toujours partagées. Et, bien sûr, l'écosystème de l'IA, un peu plus verrouillé par une poignée d'acteurs qui contrôlent à la fois la technologie et le capital pour la déployer.
Conclusion : l'innovation en circuit fermé
Zero Shot n'est pas un fonds. C'est un symptôme. Celui d'une industrie où la révolution promise se mue en un club fermé où l'on s'échange les bons tuyaux et les dollars des investisseurs institutionnels. On parle de disruption, mais on pratique l'ancien jeu du capitalisme de connivence, simplement habillé d'un jargon technique. Le message est clair : l'avenir de l'IA ne s'invente pas dans un garage. Il se négocie entre anciens collègues, autour d'une table de conférence, avec un terme sheet en guise de feuille de route. Révolutionnaire, vraiment ?