Alors que la poussière des annonces tape-à-l'œil de l'année dernière — Sora, l'acquisition du studio de design de Jony Ive — commence à retomber, OpenAI fait face à la réalité crue : son écosystème est un champ de bataille désorganisé. La réponse du CEO des Applications, Fidji Simo ? Un mémo interne, fuité au Wall Street Journal, décrivant un plan pour fusionner ChatGPT, Codex et le navigateur Atlas en une seule application de bureau. Un 'superapp'. Ou, pour utiliser un terme moins marketé, un pansement géant sur une hémorragie stratégique.
La fragmentation, symptôme d'une course en roue libre
La déclaration de Simo est un aveu en bonne et due forme : « Cela nous a ralentis et a rendu plus difficile d'atteindre le niveau de qualité que nous souhaitons. » Traduisons. Les annonces flashy et les lancements en silo (un agent pour ça, un navigateur pour ci, un générateur de vidéo pour là) ont créé un monstre ingérable. Chaque équipe tire dans son coin, la cohérence utilisateur est un vœu pieux, et les ressources se diluent. Pendant ce temps, Anthropic, avec son Claude et sa stratégie apparemment plus focalisée, grignote des parts de marché et de l'esprit critique. OpenAI ne construit pas un superapp par vision, mais par nécessité de survie organisationnelle.
Le superapp, cache-misère de l'ambition hardware avortée ?
Il est savoureux de replacer cette annonce dans la timeline récente. Fin 2023, OpenAI faisait grand bruit en rachetant l'entreprise de Jony Ive, le designer star d'Apple, pour concevoir un appareil matériel IA. Où est-il, ce hardware révolutionnaire ? Radio silence. Le 'superapp' de bureau sent fortement la plan B. Ne parvenant pas (ou plus) à imposer un nouveau terminal, OpenAI se rabat sur le logiciel et tente de devenir l'interface incontournable sur l'ordinateur que vous possédez déjà. Une stratégie défensive, moins glorieuse, mais peut-être plus réaliste.
Qui y gagne ? L'utilisateur… ou l'actionnaire ?
Simplifier l'expérience pour l'utilisateur final est un argument valable. Mais regardons l'autre côté de la pièce. Pour OpenAI, consolidé sous l'égide de Microsoft, il s'agit surtout de verrouiller l'utilisateur dans son écosystème. Un seul point d'entrée pour toutes les tâches (recherche, code, rédaction, création) signifie des données d'utilisation plus riches, un profil utilisateur plus précis, et une difficulté accrue à aller voir ailleurs. C'est le jeu classique du walled garden. La qualité promise par Simo sera-t-elle au rendez-vous, ou s'agira-t-il simplement d'un emballage plus propre pour des modèles dont les limites et les hallucinations restent le problème numéro un ?
Le 'superapp' d'OpenAI n'est pas une révolution. C'est le signe qu'une startup devenue géant doit enfin faire le ménage dans son propre bazar. Une tentative de passer de la culture du 'move fast and break things' à celle, moins sexy, de la consolidation et de la rentabilité. Le vrai test ne sera pas le lancement de l'app, mais sa capacité à offrir une réelle valeur ajoutée par rapport à l'utilisation d'outils spécialisés et indépendants. L'histoire nous a appris que les superapps ont souvent tendance à être super… médiocres dans toutes leurs fonctions.