Encore une réorganisation chez OpenAI. Combien ça fait depuis le début de l'année ? On a perdu le compte, et visiblement Sam Altman aussi. Vendredi, la firme a annoncé un nouveau remaniement — le énième — en centralisant tout ce qui touche aux produits sous la coupe de Greg Brockman. Le même Greg Brockman qui avait démissionné avec fracas il y a quelques mois avant de revenir comme si de rien n'était. Magie du poison.
L'énième mue du serpent
Dans une note interne que The Verge s'est procurée (bravo, les fouines), Brockman explique que la stratégie produit 2025 d'OpenAI est de miser à fond sur les agents IA. Du coup, on fusionne tout : ChatGPT, Codex, le grille-pain connecté, tout devient une « plateforme agentique unique ». Traduction : on a empilé assez de dettes techniques pour construire une tour Babel, alors on va tout mélanger en espérant que ça tienne.
Combien de réorganisations OpenAI a-t-elle subies en 2024 ? Au moins cinq, selon nos calculs — et on n'inclut même pas les changements de postes non annoncés. À ce rythme, les badges d'accès coûtent plus cher que les salaires.
Greg Brockman, le phénix des couloirs
Greg Brockman, donc, devient officiellement le patron de tous les produits. Ce titre ronflant cache une réalité plus drôle : il était déjà président depuis des lustres, mais son périmètre change à chaque saison comme les collections de Zara. Rappelons que Brockman a démissionné en novembre 2023 pour protester contre le limogeage temporaire d'Altman — mais il est revenu deux semaines plus tard, sans que personne n'ait vraiment compris pourquoi. Aujourd'hui, on le promet « lead of all things product ». C'est comme nommer quelqu'un responsable de l'air qu'on respire : ça sonne bien, mais ça ne veut rien dire.
Et pendant ce temps, Fidji Simo, la prétendue « boss des agents AGI », est en congé médical depuis un mois. Aucune date de retour annoncée. OpenAI communique sereinement : « Nous lui souhaitons un bon rétablissement. » Susanoo News note juste que cette absence tombe pile au moment où la boîte essaie de faire croire qu'elle maîtrise ses agents.
« Agentic experience » : le nouveau mot à la mode
Le vrai bullshit lexical ici, c'est cette expression : « agentic experience » (ou « experience agentique » en français mal traduit). Derrière ce mot savant, il y a juste l'idée que ChatGPT et Codex vont partager des API pour faire semblant d'accomplir des tâches en autonomie. Rien de nouveau. Les concurrents — de Google à Anthropic — font pareil depuis 2023. Mais OpenAI a besoin de recruter des dizaines de milliers de nouveaux abonnés, alors on enfume avec du vocabulaire.
Le vrai problème : OpenAI n'a toujours pas livré de produit concrètement utilisable pour les workflows d'entreprise. Les agents ? Des démos clinquantes, des bugs, des hallucinations. Et pendant que les cadres réorganisent leurs bureaux (virtuels), les équipes techniques tournent en rond. Un ancien employé nous confie : « On passe plus de temps à mettre à jour l'organigramme qu'à coder. »
Fidji Simo, l'absente qui en dit long
Que cache ce congé médical soudain ? Officiellement, « raisons personnelles ». Officieusement, combien de cadres d'OpenAI ont craqué sous la pression ces douze derniers mois ? Au moins trois départs pour burn-out connus. Fidji Simo était chargée de transformer les prototypes en business rentables — mission impossible quand Altman change la roadmap tous les trimestres.
Pendant ce temps, Microsoft déploie ses propres agents Copilot dans Azure, Google lance des agents Vertex AI, et même Apple s'y met avec Siri augmentée. OpenAI, elle, réorganise ses troupes comme Napoléon avant Waterloo : en changeant de stratégie toutes les heures.
La course aux agents : un tonneau des Danaïdes
Ce qui est comique dans cette annonce, c'est la prétention qu'OpenAI est « tout-in » sur les agents. Mais avec qui ? Des effectifs qui fondent, une rétention catastrophique, et des leaders qui changent de chaise tous les mois. 200 millions de dollars par jour en coûts d'infrastructure, une perte nette estimée à 5 milliards en 2024, et le produit phare (ChatGPT) stagne en croissance. Alors oui, on annonce une réorganisation. On change les titres. On fusionne des équipes. Mais au fond, c'est juste un rideau de fumée pour cacher que le bulldozer s'enlise.
Susanoo News prédit que dans six mois, Brockman aura un nouveau titre, une nouvelle réorg sera annoncée, et personne ne parlera plus des « agents » — sauf pour les bugs. En attendant, les vrais acteurs avancent, et OpenAI fait du surplace en changeant de costume.