OpenAI a trouvé le nom. Pas le produit — le nom. Dots. Des bulles. Des petites bulles pastel qui flottent, qui poursuivent vos objectifs « en arrière-plan », « sans surveillance particulière ». Vous n'avez rien demandé, mais voilà : l'avenir est arrivé, et il est mignon.
Le communiqué tient en une phrase, et c'est une phrase d'anthologie : des agents censés opérer « indépendamment de tout matériel ou interface spécifique », avec une « supervision minimale ». Traduction pour les gens qui paient : une machine qui agit à votre place, sur vos comptes, avec votre argent, pendant que vous regardez ailleurs. Vendu comme une fonctionnalité. En réalité, un transfert de risque.
Trois ans d'agents, zéro agent
Rappel du feuilleton. Printemps 2023 : AutoGPT et BabyAGI enflamment GitHub, la presse tech annonce la fin du travail. 2024 : les démos s'effondrent au bout de quatre étapes, les agents s'emmêlent dans leurs propres boucles. Janvier 2025 : OpenAI sort Operator, qui réserve des restos et se trompe de créneau. Juillet 2025 : ChatGPT Agent, qui clique à votre place, lentement, cher. Et là, octobre, une bulle qui vous sourit.
Entre-temps, la seule chose qui n'a jamais changé : le taux d'échec sur des tâches longues, qui reste le vrai sujet, le seul, celui que personne ne met dans la slide. Parce qu'un agent qui réussit 85 % des étapes n'est pas un agent qui réussit 85 % des tâches. Une chaîne de dix étapes à 90 %, c'est 35 % d'aboutissement. Pour une réservation de restaurant, c'est charmant. Pour un virement, c'est un sinistre.
« Minimal oversight » : la phrase qui devrait nous glacer
C'est la vraie nouveauté du communiqué, et elle est sinistre. On ne vend plus de l'assistance — on vend de l'absence. Vous ne surveillez plus : c'est le but. Or un système qui agit sans surveillance, dans un environnement où les données personnelles, les accès bancaires et les boîtes mail cohabitent, c'est une porte déverrouillée avec une jolie poignée chromée.
Question simple, jamais posée en conférence de presse : qui est responsable quand la bulle se trompe ? Le contrat d'utilisation répondra sans doute « vous ». L'avatar, lui, continuera de cligner des yeux en rose.
L'avatar, ce vieux truc de vendeur de voitures
Donner un visage à un logiciel, c'est le plus vieux tour de passe-passe de la Silicon Valley. Clippy. Les avatars de Meta. Les assistants vocaux qu'on a fini par débrancher parce que personne ne leur parlait. Une bulle, c'est pas un agent, c'est un emballage. Et un emballage, ça sert à une seule chose : faire oublier ce qu'il y a dedans.
Ce qu'il y a dedans ? Des appels d'API à la chaîne, un orchestrateur, des tokens facturés à la seconde. Un agent qui tourne 24 heures sur 24 en arrière-plan, c'est une pompe à facturation qui ne dort jamais. Vous ne payez plus à la question. Vous payez au temps de cerveau loué.
Suivez l'argent : la bulle a besoin d'une histoire
Rappelons le décor, parce qu'il explique tout le reste. Une valorisation autour de 500 milliards de dollars sur le marché secondaire, des revenus annualisés estimés à une dizaine de milliards — et des engagements de calcul qui se comptent en centaines de milliards chez Nvidia, Oracle, AMD, Broadcom. L'arithmétique est cruelle : pour honorer ces contrats, il faut de la consommation, beaucoup, tout le temps.
Un chatbot qu'on interroge de temps en temps, ça ne remplit pas les data centers. Un agent qui « poursuit vos objectifs en continu », si. Dots n'est pas un produit, c'est un argument de consommation d'inférence. Vous êtes moins l'utilisateur que le débitmètre.
Ce qu'on leur demande, et qu'ils ne diront pas
Trois choses, à froid. Un chiffre : le taux de réussite réel sur des tâches enchaînées de plus de dix étapes, publié, daté, avec la méthode. Un contrat : qui paie quand l'agent achète, signe ou supprime sans vous. Un bouton : l'arrêt. Pas un « pause » cosmétique — un vrai coupe-circuit, qui ne réécrit pas vos données avant de s'éteindre.
En attendant, OpenAI nous vend une bulle. Ce ne serait pas grave si l'histoire ne nous apprenait pas que les bulles, dans ce secteur, ce sont rarement les entreprises qui les paient. Ce sont les utilisateurs — et les épargnants, subsidiairement.
Cher OpenAI : vous avez réussi quelque chose de fort. Vous avez sorti un avatar encore plus creux que celui qu'on vous reprochait d'avoir enterré. Il ne reste plus qu'à lui trouver une fonctionnalité et à nous dire qu'elle a toujours été là.