Le timing parfait d'une fuite élégante
Fidji Simo, ex-patronne de Meta et actuelle CEO du déploiement de l'AGI chez OpenAI, vient d'annoncer une absence de 'plusieurs semaines' pour raisons médicales. La nouvelle tombe au beau milieu d'un remue-ménage exécutif qui ressemble de plus en plus à une purge. Coïncidence ? Dans la Silicon Valley, il n'y a pas de coïncidences, seulement des stratégies de sortie.
La grande lessive des cerveaux
Pendant que Simo se repose, le reste de l'équipe dirigeante se disloque. Depuis le départ fracassant d'Ilya Sutskever en mai, cofondateur et ancien directeur scientifique, la saignée n'a pas cessé. Jan Leike, co-directeur de la superalignement, a claqué la porte en dénonçant publiquement la priorité donnée aux 'produits flashy' sur la sécurité. Son équipe a été... dissoute. La directrice des politiques publiques, l'ancien responsable de la sécurité nationale, d'autres encore – la liste des défections s'allonge plus vite que les capacités de ChatGPT.
L'AGI peut attendre, la PR ne peut pas
Simo, recrutée à grand renfort de trompettes en 2023 pour 'démocratiser l'IA', se retrouve à la tête d'une mission impossible : vendre un produit qui n'existe pas (l'AGI) tout en gérant les dégâts collatéraux d'un produit qui existe trop bien (ChatGPT, et ses hallucinations chroniques). Son départ, même temporaire, laisse un vide béant dans la narration soigneusement construite par Sam Altman. Qui va maintenant expliquer aux investisseurs que la singularité est pour bientôt, mais que le conseil d'administration est en guerre froide ?
Le syndrome du vaisseau fantôme
OpenAI, valorisée 80 milliards de dollars, navigue en eaux troubles. D'un côté, la pression commerciale et les promesses faites à Microsoft. De l'autre, la mission originelle à but non lucratif et les avertissements des pionniers qui s'en vont. Le 'leadership restructuring' dont parle le communiqué n'est pas une réorganisation. C'est un constat d'échec. L'entreprise qui devait sauver l'humanité a du mal à garder ses propres sauveurs. Peut-être que le premier modèle à superintelligence générale qu'OpenAI doit développer est un modèle de gouvernance qui ne s'effondre pas tous les six mois.
Repos forcé ou retrait stratégique ?
Personne ne souhaite de problèmes de santé à quiconque. Mais dans l'écosystème toxique de la tech hyper-compétitive, un 'medical leave' est souvent le prélude à une démission silencieuse. Simo, fine politicienne, sait lire les signaux. Elle quitte la scène au moment où la pression est maximale : avant le prochain round de financement ? Avant le prochain scandale de fuite de données ? Avant que l'AGI ne se révèle être, une fois de plus, un acronyme pour 'Another Grand Illusion' ? Son retour, dans 'plusieurs semaines', sera le vrai test. Reviendra-t-elle dans un navire à flot, ou pour aider à évacuer les dernières valeurs ?
En attendant, l'IA avance. Les départs aussi. Seul le storytelling d'Altman reste, imperturbable. Peut-être devrait-il entraîner un LLM sur ses propres communiqués de presse. Il est le seul à encore y croire.