Le nouveau jouet d'Altman : un doctorat en IA, sans les humains qui ralentissent
OpenAI, la start-up qui a réussi le tour de force de transformer un chatbot en religion techno-capitaliste, a un nouveau projet phare. Après vous avoir fait parler à une boîte de dialogue, elle veut maintenant remplacer les chercheurs. Leur 'grand défi' ? Un agent autonome capable de 'résoudre des problèmes complexes'. Traduction : automatiser le processus scientifique, cette chose lente et ennuyeuse faite d'échecs, de peer-review et d'éthique.
Sam Altman et sa cour jouent aux apprentis sorciers dans un labo bien propre, avec des serveurs qui brillent. Leur promesse est toujours la même : supprimer la friction humaine. La recherche, avec ses doutes et ses impasses, est une friction. Il faut donc un agent qui 'tackle' les problèmes. On attend toujours l'agent qui 'tackle' la concentration monopolistique d'OpenAI ou son opacité légendaire.
Pendant ce temps, dans les labos de la vraie vie : l'aveuglement volontaire
Parlons de recherche, mais de celle qui touche à la chair et aux neurones. Les essais cliniques sur les substances psychédéliques (psilocybine, MDMA) connaissent un gold rush bien financé par la Silicon Valley, toujours en quête de la pilule du bonheur. Le hic, et il est de taille : le double-aveugle, pierre angulaire de la méthode scientifique, est impossible à tenir.
Vous ne pouvez pas faire croire à quelqu'un qu'il a pris un placebo après un voyage psychédélique. Résultat ? Les données sont biaisées, les participants et les chercheurs savent qui a reçu la molécule active. L'industrie, pressée de monétiser le traitement de la dépression et du PTSD, avance en fermant les yeux sur ce détail méthodologique gênant. La rigueur scientifique est le premier trip dont ils sevrent le processus.
Deux faces d'une même pièce : la fuite en avant automatisée
Le lien entre ces deux infos n'est pas anodin. D'un côté, OpenAI fantasme une recherche aseptisée, menée par des agents logiciels dans un espace purement informationnel. De l'autre, la recherche biomédicale, confrontée à l'incarné de la conscience humaine, bute sur des limites que même le plus sophistiqué des LLMs ne peut modéliser.
La logique est pourtant identique : l'impératif de vitesse et de scalabilité prime sur la prudence. Que ce soit pour publier des papiers ou pour faire approuver un traitement, le tempo est dicté par les investisseurs, pas par le rythme de la découverte. L'automatisation chez OpenAI et les raccourcis méthodologiques dans les essais psychédéliques répondent au même mot d'ordre : go faster, break things. Sauf qu'ici, les 'things' sont la crédibilité scientifique et la sécurité des patients.
OpenAI construit un chercheur fantôme, les labos pharma naviguent en borgne. Dans les deux cas, on nous vend une révolution. Dans les deux cas, on escamote les questions qui fâchent sous un tapis de hype. La seule recherche vraiment automatisée, c'est celle du profit. Le reste n'est que bruit de fond pour faire monter les valorisations.