OpenAI vient d'accoucher d'une fonctionnalité baptisée « Intelligent UI ». Traduction non marketée : ChatGPT sait désormais dessiner. Un vélo, par exemple. Un vélo à sept vitesses, avec des petits boutons cliquables pour savoir où se trouve le dérailleur. Voilà. C'est ça, le grand bond en avant. Pas la fusion nucléaire, pas un cancer guéri : un schéma de bicyclette.
Le communiqué, relayé par The Verge, est un chef-d'œuvre du genre. On y apprend que GPT-6 a été entraîné « à savoir quand générer des visuels interactifs plutôt que du texte », et « comment les formater ». Quand « savoir dessiner un vélo » devient un argument de vente, c'est que la courbe des benchmarks a fini par ressembler à une plaine.
« Intelligent UI », ou l'art de rebaptiser le HTML
Des diagrammes, des graphiques, des formulaires, des boutons cliquables. Vous savez quoi ? Tout ça existe depuis le début des années 90. Ça s'appelle une page web. Personne n'a eu besoin d'un data center ni d'un communiqué triomphal pour l'inventer, et personne n'a jamais osé coller le mot « intelligent » dessus.
Ce qu'OpenAI vend comme une intelligence est en réalité un moteur de rendu doublé d'un routeur : décider si la réponse doit être du texte ou un widget. C'est utile, personne ne prétend le contraire. Mais l'appeler « Intelligent UI » relève du même génie marketing que de vendre un filtre à eau sous le nom de « système de purification moléculaire ».
Le temps d'écran, cette drogue dure
Pourquoi des boutons ? Pourquoi des graphiques qu'on survole ? Pourquoi des formulaires qu'on remplit ? Posez la question à n'importe quel directeur produit : l'interactivité n'est pas une fin, c'est un indicateur d'engagement. Chaque clic, chaque survol, chaque seconde passée à jouer avec un schéma de transmission, c'est une seconde de plus dans l'application et une jolie ligne dans le rapport trimestriel. On ne vous vend pas une meilleure réponse. On vous vend une meilleure rétention.
Et une fois qu'on peut insérer des boutons dans une réponse, devinez ce qu'on peut insérer d'autre. Un bouton « Acheter ». Un graphique sponsorisé. Un formulaire qui rafle votre adresse mail pour le compte d'un partenaire. La surface publicitaire de ChatGPT vient de s'agrandir d'un coup, et dans le communiqué, absolument personne n'en parle. Suivez l'argent, il ne se cache jamais très longtemps.
GPT-6, ou l'inflation des suffixes
Le déploiement est annoncé « pour tous les utilisateurs », en même temps que GPT-6. Notez la mécanique : on ne sort plus une fonctionnalité quand elle est prête, on la sort quand on peut la mettre en scène. Le chiffre de version n'est pas un jalon scientifique, c'est une date de conférence avec un logo dessus.
Et la démo officielle, celle qui est censée faire lever les foules ? Un vélo. Sept vitesses. Si c'était votre meilleure idée pour convaincre la planète que vous construisez une superintelligence, il fallait peut-être attendre une version de plus.
Alors, on se moque ?
Non. On constate. Une interface qui montre au lieu de décrire, c'est une bonne idée. Banale, mais bonne. Le problème n'est pas la fonctionnalité — c'est le récit qu'on colle autour. On prend un composant d'interface, on le trempe dans le mot « intelligent », et on le refourgue comme une étape vers la machine pensante. Pendant ce temps, les hallucinations n'ont pas disparu, la vérification des sources reste un luxe, et l'explication de texte demeure le parent pauvre de la fête.
À l'attention d'OpenAI : si votre prochaine annonce pouvait montrer un vélo qui roule plutôt qu'un vélo qui ressemble à un vélo, on signe tout de suite. À l'attention des utilisateurs : le bouton est cliquable, mais vérifiez quand même la réponse. Le schéma du dérailleur sera probablement la seule chose exacte de la page.