La charité bien ordonnée commence par soi-même
Alors que les critiques pleuvent sur l'impact environnemental monstrueux de l'entraînement des grands modèles de langage et sur la concentration du pouvoir technologique entre quelques mains, OpenAI et la Fondation Bill & Melinda Gates ont trouvé la parade : un atelier. Pas n'importe lequel. Un atelier sur « l'IA pour la réponse aux catastrophes en Asie ». Le timing est impeccable, la com' est huilée. On parle de typhons et de séismes pour faire oublier les procès pour violation de droits d'auteur et les interrogations sur la gouvernance opaque.
L'Asie, terrain de jeu des bonnes consciences numériques
L'Asie, région la plus touchée au monde par les catastrophes naturelles, devient une fois de plus le décor idéal pour un spectacle de vertu technologique. L'initiative promet de former les équipes de secours à utiliser l'IA. Noble intention. Mais qui forme les formateurs ? Qui possède les modèles ? Qui contrôle les données ? Les réponses pointent toutes vers le même écosystème : celui de la Silicon Valley. On exporte la solution sans jamais questionner le cadre. C'est de l'impérialisme numérique habillé en T-shirt « Save the World ».
Le mirage de la « tech for good »
Le partenariat Gates-OpenAI est un classique du genre. D'un côté, une fondation née d'un empire Microsoft bâti sur des pratiques commerciales plus qu'agressives. De l'autre, une entreprise valorisée à des dizaines de milliards, dont le produit phare dévore l'électricité d'une petite ville et dont l'avenir est lié à… Microsoft. Ils nous vendent de l'IA comme outil de résilience, alors que leur propre modèle économique contribue à la crise climatique et sociale qu'ils prétendent atténuer. C'est le monde de la tech en boucle : créer un problème, vendre la solution, s'auto-célébrer.
Workshop aujourd'hui, facture demain
Le vrai scénario est écrit d'avance. Phase 1 : l'atelier pilote, gratuit, plein de belles promesses. Phase 2 : la démonstration de concept « réussie », communiquée à grand renfort de presse. Phase 3 : la mise à l'échelle, qui nécessitera des licences, une infrastructure cloud (Azure, par exemple ?), et un support technique permanent – tous payants. Les ONG et gouvernements asiatiques, sous le choc des catastrophes, se retrouveront pieds et poings liés à une stack technologique propriétaire. La dépendance, voilà le vrai produit.
Conclusion : du vent dans les algorithmes
Ne nous y trompons pas. Cet atelier n'est pas une rupture. C'est l'extension logique du capitalisme de surveillance sous couvert d'humanitarisme. On parle d'aider les équipes de secours, mais on ne voit jamais OpenAI ou Gates militer pour la régulation des industries fossiles ou pour la taxation des super-profits tech qui permettrait de financer *directement* les services publics de secours. L'objectif n'est pas de sauver des vies, mais de sauver sa réputation et de préparer de nouveaux marchés. L'action, ici, c'est celle du PR. Le désastre, c'est celui de l'hypocrisie.