OpenAI veut du hardware ? Quelle surprise. La startup qui jurait ne jurer que par le logiciel ouvert et les API bien propres vient de decouvrir que fabriquer ses propres puces, c'est aussi s'inviter a un repas ou les fourchettes sont des assignations. Et Apple, jamais a court d'appetit, s'est invitee a table.
Un reve de silicium qui sent le soufre
Tout commence en douceur : des rumeurs persistantes evoquent un projet de puce maison chez OpenAI, baptisee "Triton" ou quelque chose d'aussi pretentieux. L'objectif ? Echapper a la dependance envers Nvidia et ses tarifs de monopole. Sauf que pour fabriquer un processeur digne de ce nom en 2025, il faut des talents, des brevets, et surtout ne pas marcher sur les plates-bandes de Cupertino. C'est la qu'Apple intervient. Le 12 mars dernier, la firme a la pomme a depose une plainte pour violation de secrets commerciaux, accusant OpenAI d'avoir recrute des ingenieurs specialises dans le Neural Engine d'Apple en emportant avec eux des schemas confidentiels.
Les vrais enjeux : IPO et ego
Derriere ce pretoire, ce n'est pas juste une querelle de geeks : OpenAI vise une introduction en Bourse valorisee a 300 milliards de dollars d'ici 2026. Pour justifier ce chiffre astronomique, il fallait bien une histoire de hardware, ce vieux talisman qui fait saliver les investisseurs. Mais Apple, elle, n'a pas de temps a perdre. En attaquant maintenant, juste avant le roadshow, elle empeche OpenAI de faire miroiter une autonomie technologique qu'elle n'a pas les epaules pour defendre. L'ironie ? OpenAI a depense 6,5 milliards de dollars en calcul cloud l'an dernier, principalement chez Microsoft. Construire ses propres puces aurait pu reduire cette facture de 40%, selon des analystes. Mais voila : la facture juridique risque de faire plus mal que la note AWS.
Qui se goinfre, qui se fait rouler
Suivons l'argent. Qui profite de cette action en justice ? Apple, bien sur, qui maintient son emprise sur le marche des puces pour IA mobile et edge. Mais aussi les avocats, qui vont se frotter les mains. Le cabinet Gibson Dunn (ceux-la memes qui defendaient Uber contre Waymo) a deja ete mandate par Apple. Cote OpenAI, on fait appel a Quinn Emanuel, les specialistes des batailles de brevets. Chaque partie empochera des frais de defense a huit chiffres. Pendant ce temps, les vrais innovateurs – les startups de hardware ouvert comme RISC-V – regardent ce cirque en rigolant. Et les clients d'OpenAI ? Ils paieront, comme toujours, via des hausses de prix si la startup doit eponger les frais de justice.
Une lecon de realite
Cette affaire est un revelateur. L'age de l'innocence ou une startup pouvait annoncer un projet hardware sans avoir les usines, les brevets et les equipes est fini. OpenAI croyait pouvoir sauter les etapes : lever des milliards, embaucher des stars, et ensuite gerer les consequences juridiques. Mais Apple n'est pas Nvidia. Cupertino a des avocats plus affutes que ses ingenieus. Et pendant que Sam Altman fait des grands discours sur l'AGI, quelqu'un devrait lui rappeler que les brevets, ca se negocie ou ca se combat, mais ca ne s'ignore pas.
Et maintenant ?
Le tribunal de district de San Francisco examinera la demande d'injonction preliminaire le 2 mai. Si elle est accordee, OpenAI devra suspendre tout developpement hardware pendant au moins un an. Adieu le plan de puce maison, bonjour la dependance renforcee a Microsoft et a son cloud. Et l'IPO ? Reportee sine die. Les investisseurs n'aiment pas les epées de Damocles juridiques. Bref, une belle pagaille. Mais au moins, on rigole bien.